dimanche 20 janvier 2008

Le conseil et la question de confiance, manifeste pour un Ordre du Conseil


Il est des professions où les clients se doivent de faire confiance à leur prestataire. C'est le cas des médecins, le patient n'ayant pas les compétences, il doit lui faire confiance ou en changer. C'est ausi le cas des avocats, l'homme de loi a l'initiative de la méthode et des arguments pour défendre son client, ce dernier est obligé de s'en remettre à lui. D'ailleurs, dans un cas comme dans l'autre si le client prend trop d'initiatives ou conteste la position ou les choix du professionnel, ce dernier est en droit de rendre son tablier et d'arguer qu'il n'a pas pu faire son travail correctement et dégager sa responsabilité.
Cela est habituellement résumé sous le vocable de question de confiance : si je fait appel à un médecin (ou a un avocat), je lui donne implicitement ma confiance (sinon j'en change) et, dans tous les cas, je n'interfère pas avec ses actions, sinon il lui est possible de dégager sa responsabilité.
Une autre caractéristique de ces professions, c'est que le prestataire scie en quelque sorte la branche sur laquelle il est assis. Dans les deux cas, lorsque le patient est guéri ou le procès gagné, son intervention n'est plus utile. Donc, plus il est efficace et productif, moins il doit consacrer de temps ou de travail au cas. Le professionel est donc confronté à un conflit d'intérêt permanent : soit il se montre le plus efficace possible et son client n'a plus besoin de lui rapidement, soit il en fait "juste assez" et cela peut durer...
Heureusement, pour les médecins il y a des gardes fous : une certaine éthique avec le serment d'Hypocrate, un "ordre" qui a en charge le respect de cette éthique, une autorité "payeuse" sous la forme de organismes d'assurance maladie qui encadrent les aspects économiques.
Pour les avocats, il y a aussi un "ordre" qui est le garant du respect des règles et offre un recours aux clients si nécessaire.

Pour le conseil aux entreprises, point d'ordre ou d'éthique, chaque prestataire vit sur sa renommée, chaque consultant arbore son CV comme carte de visite, aucun engagement éthique, juste un compromis à trouver entre la rentabilité, la satisfaction du client (pour qu'il reste client) et l'image de marque. Mais cette dernière est malgré tout prédominante, entretenue par les relations nouées entre les dirigeants sur les bancs des grandes écoles ou des MBA.
Selon le degré de conscience professionnelle et la pression économique, le poids accordé à la qualité et la mission ou à sa rentabilité pourront être différents. Bien sûr, dans un certain nombre de cas, cela se passera bien, les consultants feront du travail de qualité et il ne chercheront pas à tout prix à en faire plus. Cependant, dans certains cas, notament lorsque la situation économique est difficile ou que la mission a été mal engagée, la tentation est grande de "chercher l'avenant" et quoi de plus facile pour en trouver un qu'un complément à la mission actuelle ?

Tout cela serait bien plus clair s'il existait un ordre pour le conseil comme pour les professions médicales, les avocats, les experts comptables... Cela garantirait une certaine éthique et un moyen de recours pour les clients, cela diminuerait aussi l'influence des noms des grands cabinets et remettrait à égalité les intervenants qu'ils soient indé
pendants ou membre d'une maison avec un "nom".

mardi 8 janvier 2008

Encore des indicateurs de performance


Je suis tombée (pas par hasard, je vous rassure) sur les indicateurs de performance de la Douane. Nos services publics ont l'obligation, dans le cadre de la LOLF, de progresser et de mettre en place des indicateurs, sujet louable s'il en est.
Sur les 15 indicateurs proposés pour la période 2006-2008 il en est certains directement liés aux objectifs, par exemple :
  • le résultats d'une enquête de satisfaction auprès des usagers d'un service d'accueil téléphonique qui doit passer de 65% à 75%
  • Délai moyen d’immobilisation des marchandises dédouanées dans la journée qui doit passer de 11 mn à 10 mn
  • Indice de dématérialisation des procédures de dédouanement (je suppose que c'est le ratio des procédures dématérialisées sur l'ensemble des procédures) qui doit passer de 65% à 75%
  • Indice de contrôle de navires en mer pour 24 heures de mer (Base 100 en 2006) doit passer à 110
On voit bien que le résultat est direct, la mesure objective et directement liée à la politique souhaitée (résultat ou moyen mis en oeuvre). Je ne suis pas assez compétent sur ces sujets pour savoir si les objectifs sont "ambitieux" ou justes "confortables".
Il en est d'autres pas contre qui ne sont pas acceptables :
  • Nombre de constatations d’infractions portant sur les tabacs ou cigarettes (doivent passer de 10500 à 11500)
  • Montant des saisies de contrefaçons (doivent passer de 320 à 340 millions d’euros)
  • Quantités de cannabis saisies (doit passer de 80 à 85 tonnes)
Ils ne correspondent pas à l'objectif des Douanes qui est de faire disparaitre les "trafics".
Que se passe-t-il s'ils n'arrivent pas à saisir suffisament de tonnes de cannabis parce que, grâce à leur action, il y a moins de trafic, ils doivent en acheter pour justifier leur performance ? A contrario, si l'activité des trafiquants se développe et qu'ils en saisissent plus, ils s'arrêtent à objectif atteint ?
Ce n'est pas un bon indicateur car il n'est lié ni aux moyens mis en oeuvre, ni aux résultats souhaités pour la Société. Un bon indicateur pourrait être des mesures "en aval" des infractions constatées (en supposant que l'effort de contrôle aval reste constant) ou des indicateurs de moyens et d'efficacité ou encore des indicateurs plus globaux comme le nombre de personnes hospitalisées pour des problèmes de drogue, le nombre de morts par overdose etc... Je n'ai pas pris le temps de réfléchir mais je pense qu'en se creusant un peu la tête, on peut trouver des indicateurs sans biais directement liés aux objectifs ou au moyens. Si un cabinet de conseil a été consulté il aurait du faire cela (sauf s'il le réserve pour la version 2).
Ces sujets ne sont pas simples, mais de mauvais indicateurs sont pires que pas d'indicateur du tout. Que penseriez-vous d'un service des Douanes qui laisse passer tous les trafiquants à partir du 15 octobre parce qu'il a saisi son quota d'héroïne ?
C'est pourtant ce qui est proposé dans les objectifs chiffrés !

Je fais malgré tout confiance aux fonctionnaires pour continuer à travailler après le quota, mon propos est uniquement de montrer l'absurdité de la mesure et des objectifs.

Bonne année à tous

Tous les chiffres sont issus du document Contrat pluriannuel de performance pour 2006-2008 disponible sur le site de la DGDDI, rubrique les documents de la performance