
Il est des professions où les clients se doivent de faire confiance à leur prestataire. C'est le cas des médecins, le patient n'ayant pas les compétences, il doit lui faire confiance ou en changer. C'est ausi le cas des avocats, l'homme de loi a l'initiative de la méthode et des arguments pour défendre son client, ce dernier est obligé de s'en remettre à lui. D'ailleurs, dans un cas comme dans l'autre si le client prend trop d'initiatives ou conteste la position ou les choix du professionnel, ce dernier est en droit de rendre son tablier et d'arguer qu'il n'a pas pu faire son travail correctement et dégager sa responsabilité.
Cela est habituellement résumé sous le vocable de question de confiance : si je fait appel à un médecin (ou a un avocat), je lui donne implicitement ma confiance (sinon j'en change) et, dans tous les cas, je n'interfère pas avec ses actions, sinon il lui est possible de dégager sa responsabilité.
Une autre caractéristique de ces professions, c'est que le prestataire scie en quelque sorte la branche sur laquelle il est assis. Dans les deux cas, lorsque le patient est guéri ou le procès gagné, son intervention n'est plus utile. Donc, plus il est efficace et productif, moins il doit consacrer de temps ou de travail au cas. Le professionel est donc confronté à un conflit d'intérêt permanent : soit il se montre le plus efficace possible et son client n'a plus besoin de lui rapidement, soit il en fait "juste assez" et cela peut durer...
Heureusement, pour les médecins il y a des gardes fous : une certaine éthique avec le serment d'Hypocrate, un "ordre" qui a en charge le respect de cette éthique, une autorité "payeuse" sous la forme de organismes d'assurance maladie qui encadrent les aspects économiques.
Pour les avocats, il y a aussi un "ordre" qui est le garant du respect des règles et offre un recours aux clients si nécessaire.
Pour le conseil aux entreprises, point d'ordre ou d'éthique, chaque prestataire vit sur sa renommée, chaque consultant arbore son CV comme carte de visite, aucun engagement éthique, juste un compromis à trouver entre la rentabilité, la satisfaction du client (pour qu'il reste client) et l'image de marque. Mais cette dernière est malgré tout prédominante, entretenue par les relations nouées entre les dirigeants sur les bancs des grandes écoles ou des MBA.
Selon le degré de conscience professionnelle et la pression économique, le poids accordé à la qualité et la mission ou à sa rentabilité pourront être différents. Bien sûr, dans un certain nombre de cas, cela se passera bien, les consultants feront du travail de qualité et il ne chercheront pas à tout prix à en faire plus. Cependant, dans certains cas, notament lorsque la situation économique est difficile ou que la mission a été mal engagée, la tentation est grande de "chercher l'avenant" et quoi de plus facile pour en trouver un qu'un complément à la mission actuelle ?
Tout cela serait bien plus clair s'il existait un ordre pour le conseil comme pour les professions médicales, les avocats, les experts comptables... Cela garantirait une certaine éthique et un moyen de recours pour les clients, cela diminuerait aussi l'influence des noms des grands cabinets et remettrait à égalité les intervenants qu'ils soient indépendants ou membre d'une maison avec un "nom".
