samedi 10 juin 2017

Ecotaxe : réussite belge, échec français (2/2) [avril 2016]

Été 2013 les bretons, emmenés par le MEDEF et notamment les petit patron bretons se rebellent contre l’impôt et commencent à vandaliser les installations. On voit apparaître des arguments complètement erronés comme "mes marchandises paieront plusieurs fois la taxe" ce qui n'a aucun sens pour une taxe proportionnelle à la distance parcourue. Et ils ne se rendent pas compte que cette taxe les protège de la concurrence des pays de l'est, la taxe enchérit l'abattage des cochons en Allemagne et favorise les abattoirs locaux. On verra par la suite, que l'abandon induira une hausse sur les carburants pour tout le monde...

Ségolène Royal et l'Ecotaxe


Ségolène Royal est arrivée au MEDDE alors que le projet était bien engagé... elle l'a cependant stoppé sous la pression des transporteurs routiers (les "bonnet rouges" ont fait beaucoup de bruit et de dégats mais ce sont les transporteurs routiers qui ont vraiment fait pression). En avait-elle bien mesuré les conséquences ?

Quand je vois une légende de photo de Ségolène Royal (sur le site de l'Express) comme quoi elle paye Ecomouv' alors qu'elle a tout fait pour l'éviter, je ne peux que bondir ; elle a, par ses décisions, initié le processus. Elle est dans le rôle du pompier pyromane (inefficace et heureusement pour la crédibilité de la signature de l'État).
Par son manque de connaissance du dossier (voir son intervention chez Bourdin où elle découvre que 120 douaniers sont affectés à l'Écotaxe), sa vision uniquement politique,  électoraliste, simpliste, populiste et à courte vue, elle a détruit deux ans de travail de quelques centaines de personnes et a fait dilapider les sommes correspondantes à l'État. Elle a entamé la réputation de l'État à mener de grands projets. Elle a ridiculisé la France sur sa capacité à mettre en œuvre un projet technique de péage kilométrique conforme à la directive européenne (interopérable). Elle a mis au chômage 200 personnes dont certaines avait quitté leur emploi pour rejoindre Ecomouv'.

Voici une citation de Ségolène Royal "Ma responsabilité, c'est aussi d'anticiper les conséquences de mes décisions" (à propos de la polémique sur la circulation alternée mais on peut supposer que c'est une responsabilité de tous les instants).
Madame Royal aviez-vous anticipé les dépenses (presque 1 milliard d'euros) et le gâchis social (perte de 200 emplois pour des personnes dont certaines avaient quitté une situation pour rejoindre Ecomouv') ? Pensiez-vous que l'État pouvait renier sa signature sur un contrat sur une simple "saute d'humeur" ? Et, dans l'improbable hypothèse affirmative, aviez-vous envisagé les conséquences sur la continuité, la crédibilité et les marchés futurs ? Toutes ces décisions semblent bien prises à la légère, certes le contrat permet une résiliation "pour motif d'intérêt général" (comme la plupart des contrats avec la puissance publique étatique ou locale, mais cette clause est léonine) mais cela n’entraîne pas la spoliation du cocontractant. Et ne dites pas que le règlement sur 10 ans de la moitié de la dette est une victoire à mettre à votre crédit, cela faisait partie du plan de financement initial que l'État a repris. Ou peut-être est-ce une arrogance propre à la classe politique ?

«Même si je voulais partir, on me demanderait de rester, affirme-t-elle. Car j'arrive à concilier ce qui paraît inconciliable comme sur la question du nucléaire par exemple. Et ça, c'est grâce à mon expérience de 25 ans d'élue de terrain et au fait que je ne m'en laisse jamais compter.» Ségolène Royal, interview à Sud-Ouest lundi 6 avril 2015.

Madame Royal, allez voir en Belgique, nos voisins sont en train de mettre en place un péage pour les poids lourds qui sera extensible aux voitures éventuellement (ouverture en avril 2016). Le péage poids lourds est un copié-collé du projet français à quelques détails près et il coûte 115 M€ / an à rapprocher des 250 M€ / an en France avec un réseau et un trafic supérieur, toute proportion gardée, le système belge est plus cher. Il va rapporter proportionnellement plus (750 M€ contre 1200 M€ soit un ratio coût/revenu de 16% contre 20%) mais le périmètre belge inclus les autoroutes et la Belgique est un pays de transit, notamment grâce aux ports. Il est significatif que le nombre d'équipements embarqués prévus en Belgique est quasiment celui prévu en France (environ 700 000) à cause des PL étrangers traversants. De plus, le tarif kilométrique belge est un peu plus élevé...

Nous pouvons être la risée de nos voisins européens, les allemands vont étendre et moderniser leur péage kilométrique, les autrichiens, slovaques, polonais ont le leur et les belges ont prévu de l'étendre aux voitures (comme l'avait évoqué Antoine Maucorps dans un article il y a quelques années). La technique permet maintenant de faire payer "au plus juste" l'usage des routes et les externalités négatives correspondantes mais notre pays sclérosé n'est pas capable de se réformer...

Conclusion


J'avais écrit ce qui précède il y a un an (sans le publier).

Avec le recul, le péage belge a un an d’existence, sa mise en place s'est déroulée sans problèmes majeurs, il y a bien eu quelques protestations, quelques ratés techniques donnant lieu à des sanctions abusives, mais rien de bien important. Certes, le produit est légèrement inférieur à ce qui était escompté (646M€ contre 750M€ estimés mais cela est aussi à mettre sur l'efficacité écologique : optimisation des trajets et du chargement, amélioration de la classe euro...), il y a une migration vers les véhicules de moins de 3.5 tonnes, mais c'est globalement un succès dont on ajuste actuellement le réseau taxable.
Les allemands sont en train de mettre en place la réforme et l'extension de leur système, l'Alsace (et les Hauts-de-France) va devoir supporter encore plus les reports de trafic (c'est ce qui était à l'origine de taxe française).
Nous, français, avons toujours nos portiques inutiles, environs 700 000 OBU quelque part dans un entrepot et 200 personnes mises au chômage, on peut espérer que certaines ont retrouvé un emploi. De plus, l'opinion publique est globalement opposée maintenant à ce qui va devenir une norme européenne...

La classe dirigeante a transformé, pour des motifs uniquement politiques et par couardise (mais les motifs profonds sont un manque de communication et de conduite du changement), ce qui aurait pu être une réussite industrielle, en échec économique et écologique (dans la négociation avec les transporteurs, l'État avait accordé, en échange de la taxe poids lourds, une réduction de la taxe à l'essieu et l'autorisation du 44 tonnes, ces deux avantages sont restés malgré l'abandon de l'écotaxe), nous pouvons être la risée de l'Europe sur le péage des PL...
Quel gâchis...

dimanche 3 avril 2016

Ecotaxe : réussite belge, échec français (1/2)


Nous, vous, tous, avons payé, en 2015 pour un projet abandonné "pour motif d'intérêt général" par l'État (presque 1 milliard d'euros quand même), heureusement l'État à respecté sa signature, le contraire aurait été la porte ouverte à tous les arbitraires et la négation de l'état de droit... mais comme les Belges viennent de mettre en service un système semblable à celui que nous avons jeté (alors qu'il fonctionnait), c'est l'occasion de revenir sur ce gâchis. 

Comment en est-on arrivé à ce désastre ?


La genèse


Un peu de retour en arrière, en 2006 les camions empruntant le couloir rhénan préfèrent les autoroutes françaises (gratuites) aux autoroutes allemandes (payantes), les élus alsaciens font voter dans la loi de finance une taxe kilométrique pour les PL (poids lourds) rentrant dans le cadre de la directive européenne. Cette mesure est ensuite généralisée à l'ensemble du territoire dans le cadre du Grenelle de l'environnement et votée à une quasi unanimité par le parlement, l'Écotaxe est née (son nom officiel est "taxe nationale sur les véhicules de transport de marchandise"). Le gouvernement et les fonctionnaires se mettent ensuite en mesure de l'appliquer (c'est leur responsabilité).
Le choix d'une taxe kilométrique sur un réseau délimité par rapport à une vignette ou une taxe additionnelle sur le carburant est justifiée par plusieurs éléments :

  • cela permet de rendre proportionnelle la taxe à l'usage et d'inciter les usagers à optimiser (remplissage, voyages à vide...) leur utilisation du réseau, ce n'est pas le cas de la vignette qui est basée sur la durée (et, donc, incite à la consommation, la pollution et l'usure une fois qu'elle est payée) ;
  • cela garanti que les usagers (même les étrangers) payent pour l'usage des routes (comme ils le font pour les autoroutes concédées), ce n'est pas le cas de la taxe carburant qui s'applique là où on fait le plein et pas là où on roule ;
  • compte tenu des directives européennes et de l'existence d'un réseau concédé en France, la vignette offre peu d'avantage car, pour faire simple, le montant total vignette + péages autoroutiers est plafonné, de ce fait, le montant collectable par une vignette est relativement faible ;
  • enfin, c'est un mode de financement de nos infrastructures.
Je n'évoque pas le cas de la vignette "réservée" aux étrangers qui est un non-sens dans l'Europe, la simple évocation d'une telle mesure est une preuve de l'incompétence de Madame Royal sur le sujet.



Le choix des modalités de la taxe

Le choix est donc porté sur une taxe kilométrique, sur une portion réduite du réseau. Techniquement, il faut donc pouvoir tracer les véhicules sur une partie du réseau afin de les taxer. Deux types de technologies sont disponibles (tant au niveau industriel qu'au niveau des normes européennes) : la localisation par GPS avec transmission des positions par GPRS et la technologie DSRC (comme le télépéage autoroutier) avec l'enregistrement du passage à proximité d'une structure fixe. Compte tenu de l'ampleur du réseau et du nombre de points d'entrées, la seconde n'est pas réaliste, il faudrait un nombre de "barrières" (a minima une antenne DSRC sur le bord de la route) trop important (4 000, correspondant aux points de tarification pour 15 000 km de routes taxées). Il reste donc la technologie GPS avec des "barrières" virtuelles. La solution métrologique (basées sur le nombre de km parcourus sur la base du tachygraphe comme en Suisse) n'est pas applicable car le réseau n'est pas complètement taxé (de plus on préfère un installation non intrusive sur le véhicule, ce qui n'est pas le cas si on veut se brancher sur le compteur). On peut noter que le système belge fait de la métrologie par GPS ce qui pose des problèmes sur les routes non taxées parallèles à des routes taxées.
Le choix technologique découle donc à la fois des contraintes techniques et des directives européennes qui, afin de limiter les équipements sur les véhicules, imposent une interopérabilité et, donc, des normes techniques.

Pour limiter la fraude et garantir à la fois la collecte de la taxe et l'équité devant l'impôt, il faut effectuer des contrôles. Le nombre de PL (environ 700 000) et la longueur du réseau taxable ne permettent pas de mettre en place un contrôle uniquement humain, il faut donc un système de contrôle automatique qui vérifie que les véhicules assujettis (PL) sont bien équipés d'un dispositif (boîtier) permettant la taxation et en ordre de marche, ce sont les fameux portiques (qui ne servent qu'au contrôle et non à la collecte comme cela a été maintes fois écrit à tort).
Ce dispositif assez complexe et technique découle uniquement du choix initial d'une taxe kilométrique et de l'interopérabilité européenne.


Le choix du prestataire

Vu la complexité du sujet, un PPP (partenariat public privé) est retenu (la cellule ad hoc du Ministère des Finances donne sont assentiment), c'est une entreprise privée qui sera chargée de collecter pour le compte de l'État la taxe, cela permet à l'État de ne pas dépenser immédiatement l'investissement (important) du projet et de répartir la dépense sous la forme d'un loyer correspondant au service rendu (l'État ne peut pas emprunter pour un projet, l'endettement n'est plus acceptable). Un appel d'offre, mené selon la modalité du dialogue compétitif est engagé pour sélectionner l'attributaire. Le prix et le délai de réalisation sont des éléments importants du choix (la taxe doit rapporter entre 4 et 6 millions par jour, tout retard représente donc un manque à gagner important).
Ce n'est pas un retour de fermiers généraux, comme cela a été maintes fois dit, c'est un contrat de prestation de service, la rémunération du prestataire dépend d'éléments techniques et d'indicateurs de qualité mais pas du montant de la taxe collectée (ce qui était le cas des fermiers généraux), autrement dit, si l'État décide de varier le taux kilométrique, la rémunération du prestataire ne change pas, par contre, si le prestataire fait des erreurs il est pénalisé (et bonifié s'il dépasse la qualité attendue). Exprimer la rémunération en pourcentage de la taxe est un raccourci qui induit le lecteur en erreur, il n'y a pas de lien direct entre les deux.

Le coût de collecte, mais il faudrait plutôt parler du coût du service de gestion rendu, est plus faible que celui de l'Allemagne par rapport aux kilomètres taxés. Mais comme le réseau ne comporte pas les autoroutes (déjà payantes et qui constituent le kilométrage le plus parcouru) et que le taux kilométrique n'est pas très élevé, quand on rapporte la rémunération du service à la taxe collectée le ratio parait fort (environ 20 %) pour le diminuer il suffirait d'augmenter la taxe au kilomètre... Le comparer avec le taux de collecte d'autres impôts ou taxes (IRPP, TVA...) n'a pas de sens car l'assiette et le mode de calcul sont beaucoup plus compliqués.


Le projet et la réalisation

Le groupement mené par Autostrade est retenu et la société Ecomouv' est créé pour construire le dispositif et l'exploiter pendant la durée du contrat (10 ans environ). Comme tout projet de cette ampleur, des difficultés sont rencontrées et des retards apparaissent mais, finalement, courant 2014, un démarrage fin 2014, début 2015 semble possible.

Somme toute, pour un projet représentant un investissement (matériel, logiciel et humain) d'environ 1 milliard d'euros, 6 mois de retard ne sont pas une trop mauvaise performance. (à suivre, le désastre) 



samedi 26 février 2011

Pourquoi je suis sans lunettes sur ma carte d'identité ou comment la Personne Publique préserve le petit commerce


Revenons sur le passeport biométrique et l'organisation mise en place. Outre l'inutilité du stockage centralisé des empreintes pour un système dont l'objectif réel est l'amélioration de la productivité du contrôle (mais c'est un autre sujet, le jacobisme français pour répondre aux exigences étatsuniennes, à comparer à l'approche italienne), ce système a pour effet de bord de prendre les photos d'identité lui-même.

L'Administration avait déjà avec ces règles d'acceptation ouvert la possibilité de refuser des photos, elle se permet maintenant de les faire elles-même. Les photographes de quartier qui avait cru récupérer une partie du marché des amateurs pour les photos officielles le voient repartir au profit des mairies ! Certaines mairies (voir article du Monde daté du 21 juillet 2009) voulant préserver le commerce local ne se servent pas de leur appareil photo et renvoient vers le photographe local (le système leur permet de prendre une photo ou de scanner une photo papier, mais le premier choix est plus simple).

Mais voici ma petite histoire personnelle, avec 6 enfants (+ moi) cela fait 7 cartes d'identités, de quoi engorger le service de la mairie. En bon photographe amateur, j'ai pris mes enfants et moi-même en photo et les ai imprimées en respectant scrupuleusement les dimensions demandées ; portant des lunettes, je n'ai pu éliminer un reflet (qui ne cache cependant pas les yeux comme l'exemple à ne pas suivre de la norme) (je ne voulais pas non plus y consacrer trop de temps), mais j'ai prévu une version sans lunettes au cas où. Résultat : l'agent de la mairie a refusé mon reflet (mais n'a pu refuser la version sans lunettes ni reflet), a longtemps hésité sur la bouche ouverte par un léger sourire de mon fils de 18 mois (vous avez déjà essayé de photographier un enfant de cet age-là avec la bouche fermée) mais "si vous n'êtes pas pressés on peut essayer on risque cependant un refus et un délai supplémentaire" et a quand même réussi à envoyer ma fille ainée chez le photographe du coin au prétexte qu'elle avait une barrette dans les cheveux (qui ne doivent pas recouvrir le visage), la norme précise "tête nue, sans couvre chef", je ne savais pas qu'une barrette était un couvre chef ! Mais comme ces agents de mairie ont le pouvoir de vous refuser la demande sous différents motifs, j'ai obtempéré et, au prix de quelques euros, ma fille a récupéré 4 photos d'identités médiocres mais sans barrette couvre-chef et l'agent de mairie a contribué à faire vivre le commerce local.

dimanche 16 mai 2010

Pourquoi le succès d'Apple est insupportable


Apple est un succès indéniable, les produits sont "léchés", finis, beaux, tout simplement... et chers... mais les consommateurs/utilisateurs sont enfermés (avec leur consentement).

Comment en est-on arrivé là ?
Même le succès de Microsoft, qui est critiquable, est moins insupportable, les critiques/procès anti-trust et la pression du marché ont, dans une certaine mesure, si ce n'est tempéré l'hégémonie de Bill Gates, du moins introduit une part d'"ouverture". Ce n'est pas (encore ?) le cas pour Apple.

En premier lieu, Apple a su rester relativement minoritaire en terme de part de marché sur le domaine des ordinateurs de bureau ce qui lui a permis de passer "sous les radars" des autorités anti-trust, même si leurs pratiques sont de type "monopolistiques" : verrouillage technologique, barrières juridiques... Il est par exemple interdit de faire tourner un OS Apple sur du matériel non Apple. La pression du marché a cependant, ces dernières années, tempéré cela avec un embryon de compatibilité Windows (le standard de fait même s'il est aussi empreint de certaines pratiques discutables).
Par contre, Apple s'est engouffré dans le créneau des PDA/smartphone laissé en friche à cause d'un marché morcelé (et négligé par Microsoft) et en partie aux mains des opérateurs. Apple a réussi à séduire le grand public alors que ces appareils sophistiqués étaient à l'origine destinés au créneau "entreprise" (voir le succès de RIM qui a cependant réussi à capter une part de marché grand public).

La "beauté" des produits & Le verrouillage du système
Cette prise de part de marché a eu pour moteur des produits de très bonne qualité, épaulés part une image "cool" de la marque, un marketing irréprochable et une relation privilégiée avec les opérateurs (pour l'iPhone). Aujourd'hui, le marché des smartphones est dominé par l'iPhone même si certains fournisseurs tentent de s'engouffrer dans la mode et si Microsoft dépoussière son OS, mais pour en faire une version plus fermée et en rupture de compatibilité avec la précédente. Le système iPhone enferme complétement l'utilisateur, les développeurs sont encadrés (obligation d'utiliser et d'acheter les outils "maison"), le contenu est contrôlé (cf les contenus à caractère "pornographique" récemment supprimés, on commence la censure sous le couvert de justifications morales mais personne ne sait ou on s'arrète...), il n'est pas possible d'obtenir des applications en dehors de l'AppStore... L'AppStore constitue une zone hors du droit en matière de contenu, un monopole de fait et permet à Apple de maîtriser complétement ses utilisateurs. Apple l'a tellement bien compris que c'en est devenu un média à part entière permettant la diffusion de publicités (iAd) et de tirer ainsi des revenus aussi bien de ses utilisateurs que de ses annonceurs...
Le seul moyen d'échapper à ce système un tantinet carcéral : le "jailbreak" (le choix du terme anglo-saxon est à lui seul un symbole) mais cela n'est pas sans inconvénient, perte de la garantie... Apple veille... et cela est réservé à un public de "geek", donc assez limité.

La tablette
Le concept de tablette n'est pas nouveau, dans les années 1995 on avait vu apparaitre des machines (NCR 3125, Grid...) ainsi que des OS (PenPoint, immédiatement contré par Windows for Pen computing) qui utilisaient ce concept mais avec un stylet ; ce qui a changé et permet le succès actuel, c'est l'omniprésence d'Internet et l'accès aux contenus qui transforme l'ordinateur d'outil de saisie ou de travail en lucarne sur le monde, permet la disparition du stylet (la reconnaissance de l'écriture n'a jamais vraiment été convaincante) et la puissance de calcul ouvrant la voie à une interface ludique et conviviale. Apple a progressivement testé et amélioré le concept (iPod, iPhone et maintenant iPad) pour étendre son hégémonie.

Pourquoi ce succès
Les raisons du succès sont multiples, un design et une simplicité d'usage indéniable, un marketing sans faille, un patron charismatique (mais qui semble par ailleurs insupportable, voir le livre de Robert Stutton cité en référence)... Mais ce qui est remarquable c'est la simplicité apportée à l'utilisation et c'est en partie le "verrouillage" du système qui garantit la stabilité et donc la simplicité...

Les dangers de l'hégémonie
Quel sont les dangers de l'hégémonie et des systèmes uniques ? Ils sont de plusieurs ordres :
  • tout d'abord, l'aspect "opaque", le manque de transparence, ne permet pas de savoir ce qui se passe, c'est la porte ouverte aux manipulations, aux atteintes à la vie privée et à la censure... Un des principale caractéristique des produits "libres" réside dans leur transparence.
  • la vulnérabilité, la diversité est un des meilleurs moyens de résister aux attaques et aux agressions (virus...) c'est d'ailleurs ce que le monde du vivant a trouvé de mieux
  • l'évolutivité et la réactivité, réside aussi dans la diversité, là aussi le vivant est un bon exemple
  • enfin le monopole, dument protégé par des brevets aux fondements parfois intellectuellement discutables, permet la confiscation de tout un pan d'économie au profit d'un seul acteur
En matière d'outil informatique, le roman de Winn Schwartau, déjà assez ancien (1993) devrait être lu par tous. Il y raconte l'histoire d'un système informatique dont l'usage est généralisé à l'ensemble du monde et qui a la particularité de présenter des "backdoors" permettant de prendre le contrôle de tous les ordinateurs équipés. Toute ressemblance...

En matière d'informatique, Apple n'est pas le premier à tomber dans ces travers, IBM, Microsoft en leurs temps l'on fait, Google est aussi à surveiller...
Mais le vent est peut-être en train de tourner pour Apple (voir ici)...
La seule parade durable semble être les logiciels libres, la séparation des acteurs (matériel, réseau, contenu...) et la vigilance.

Livres cités
Terminal Compromise: computer terrorism: when privacy and freedom are the victim, Winn Schwartau, 1993 disponible sur Internet
Robert Sutton, Objectif Zéro-sale-con (asshole en VO), Vuibert 2007

vendredi 14 mai 2010

Pensée unique


"Les faits ne pénètrent pas dans le monde où vivent les croyances." Paul Valéry coté par Jean Ziegler dans "Les nouveaux maîtres du monde".

Il est fort intéressant de lire aujourd'hui ce livre qui date de 2002 après avoir vu la faillite d'un certain système.

Jean Ziegler y décrit un monde dominé par l'absence de morale et de valeurs d'un monde dominé à la fois par la recherche du profit financier maximal et par un intégrisme intellectuel ne laissant aucune place au partage de points de vues et à l'intelligence. Ces nouveaux maîtres du monde sont formatés selon le même moule, vivent en autarcie dans leurs quartiers huppés, ne prennent pas la peine de regarder "au-dehors", de faire preuve d'un minimum d'empathie pour s'intéresser aux personnes différentes (sur les plans culturels, religieux, raciaux...) ou d'accepter des schéma de fonctionnement ou intellectuels différents des leurs.
Pour eux, seuls sont applicables les schémas qu'ils connaissent, malgré leurs qualités intellectuelles indéniables, il font preuve d'une paresse intellectuelle qui les empêche de faire preuve de la moindre originalité ou ouverture d'esprit et d'examiner d'autres approches que ce qu'ils ont appris. C'est le règne de la pensée unique, de l'intégrisme intellectuel. Cela se retrouve aussi dans le choix des indicateurs et des objectifs pour lesquels aucun recul n'est pris, ce qui mène trop souvent à leur détournement.
On ne peut s'empêcher de faire le parallèle avec la biodiversité, les écologistes (les savants, pas les militants) nous disent que la condition de survie de la planète réside dans la multiplicité des espèces, ne pouvons-nous étendre cela à la noosphère de Teilhard et aux mèmes (voir Susan Blackmore et Pascal Jouxtel) et insister sur la diversité de pensée et la tolérance ? (voir aussi Dawkings sur ces sujets). L'histoire de la terre nous montre que la survie réside dans la diversité et la capacité qu'elle procure à répondre aux circonstances et à s'adapter, aurons-nous la capacité à restaurer cette diversité ?

vendredi 21 août 2009

Que Choisir ou le manque de critère dans les enquêtes et le biais des questions


Mon épouse (oui Valérie Lumière est un pseudo) a été abonnée à Que Choisir, journal d'une association ayant pignon sur rue et faisant grand cas de son indépendance et de sa rigueur.
Joint au premier numéro reçu, un questionnaire destiné (je cite) à recenser vos multiples expériences de consommateurs individuels pour bâtir des analyses statistiques précises de la fiabilité des biens de consommation que nous achetons tous. Le questionnaire comporte un certain nombre de rubriques par produits électroniques ou électro ménager (appareil photo numérique, TV, caméscope, lecteur DVD, téléphone mobile,imprimantes multifonction, lecteur MP3, GPS, ordinateur portable, réfrigéreateur, congélateur, cuisinière, table de cuisson, four micro ondes, lave linge, lave vaisselle, aspirateur traineau, centrale vapeur). Chaque rubrique comporte des questions sur la typologie de l'appareil (marque, gamme de prix et caractéristiques propres), le niveau de satisfaction, les pannes et leur typologie, la dernière panne et le devenir de l'appareil après la panne. Seule l'année d'achat permet de se rendre compte de la durée de jouissance du consommateur. Aucune notion d'intensité d'usage n'est demandée, ce ne doit pas être un critère important dans notre société de consommation. On va donc mettre sur le même pied de comparaison le lave linge d'un(e) célibataire avec 1 cycle par semaine et celui d'une famille nombreuse avec 1 cycle par jour ou plus.
Par ailleurs, il est précisé de ne prendre en compte que le dernier appareil en cas de possession multiple pour un même type et les questions ne portent que sur la dernière panne. Aucune notion de répartition des pannes dans le temps n'est demandée...
Comme on ne prend en compte que le dernier appareil, en cas de remplacement suite à panne, c'est le nouveau qui doit être cité... La réponse repris lors du nouvel achat à la question Qu'avez-vous fait de l'appareil en panne ? ne manque donc pas de saveur et illustre bien la rigueur des concepteurs du questionnaire. De fait, les pannes irréparables hors garantie ayant conduit au rachat d'un autre appareil équivalent seront exclues ; de même, la durée de vie de l'appareil (compte tenu de l'usage qui en est fait) ne sera jamais captée, c'est pourtant la donnée la plus intéressante : si la marque X dure en moyenne 15 ans et Y 5 ans, cela semble un bon critère de choix, non ? et semble un bon critère de fiabilité des biens de consommation que nous achetons tous.

Oui, effectivement j'ai eu un lave linge qui est tombé en panne et que j'ai réparé hors garantie plusieurs fois, puis que j'ai jeté... mais la première panne est intervenue après plus de 10 ans de service plutôt intensif. Comment cela est-il pris en compte dans le questionnaire ? Comment ce cas-là est-il différencié au delà de la durée de possession ? De plus, ce lave-linge ne rentre pas dans les critères puisque j'en ai racheté un autre !

J'ai voulu faire part de mes remarques directement au magazine/association, mais, hors des problématiques administratives sur les abonnements ou des enquêtes bien cadrées, il n'est pas possible de leur écrire par mail (seul une adresse courrier est indiquée), pas de rubrique écrire à la rédaction sur le site (en tous cas pas visible facilement). Il y a bien des forums mais ils sont modérés et les sujets sont imposés ; je n'y ai donc pas risqué ce texte un peu critique, il n'y aurait pas trouvé sa place et aurait été rejeté.
On voit bien le degré de démocratie et de libre expression de cette association...

dimanche 29 mars 2009

Enfin !


Cette semaine deux bonnes nouvelles dans l'actualité, d'une part on s'aperçoit enfin (cf mon précédent post) qu'il faut avoir des informations sur la catégorisation des personnes (origine ethnique par exemple) pour pouvoir piloter et mesurer l'intégration. Peut-être va-t-on enfin savoir réellement ce qu'il en est ?

D'autre part, on commence à monter du doigt les organismes de crédit (notamment crédit à la consommation) et leur contribution à la crise. J'ai rencontré dans mon expérience professionnelle des organismes de crédit (que je n'identifierait pas) pour lesquels les personnes en contentieux étaient malgré tout des prospects, ils continuaient donc à envoyer des offres à des personnes déjà en difficultés. Cet acharnement à vouloir faire payer des personnes déjà endettées (et par ailleurs probablement fragilisées) à quelque chose d'indécent, c'est un exemple parfait des comportements de "prédateurs" déjà cités (voir aussi Michel Volle).

Ces organismes de crédit avec leurs messages marketing alléchants, leurs proximité avec la grande distribution ou les magasins spécialisés et en profitant de la naïveté des gens ont réussit à les rendre complétement dépendants. Il est incompréhensible que certains vivent uniquement à crédit. Cette forme de fuite en avant, entretenue par les messages marketing des prédateurs. Le crédit n'est a priori là que pour subvenir à un besoin ponctuel et limité dans le temps.

On peut facilement transposer ces propos à la vision globale et à la crise actuelle. La plus grande partie de notre modèle économique est basée sur l'hypothèse de la croissance perpétuelle. Dans ce point de vue, le crédit est une très bonne solution : la croissance (et éventuellement l'inflation) fera qu'il sera moins coûteux de rembourser demain que de payer comptant aujourd'hui (même en prenant en compte le taux d'intérêt). À partir de là, il est normal de vivre à crédit. Cependant, l'hypothèse de départ de ce modèle économique est fausse, la croissance infinie n'est pas possible l'espace est limité, les ressources aussi !
Cette fuite en avant, si elle tenait (et encore) lorsqu'il restait des espaces à conquérir et des ressources à exploiter, n'est plus applicable aujourd'hui.

Tous les économistes avec leurs théories simplificatrices et leurs doctrines nous ont bien enfumé !

dimanche 1 mars 2009

La compétence ne justifie pas tout


Pour une fois un billet en rapport avec l'actualité (...et les conflits d'intérêt).

"A chacun de prendre ses responsabilités. Je prends les miennes. La saisine de la commission, facultative, était impossible dans les délais impartis. Les conditions de ma nomination sont régulières. Maintenant qu'on me laisse travailler !", dit François Pérol.
Cité par yahoo dans une dépêche Reuters

Comment, sur un sujet aussi sensible (je rappelle quand même que les épargnants qui on souscrit des actions Natixis lors de l'offre publique ont perdu 90 % de leur investissement) et médiatique, peut-on faire preuve d'une telle arrogance ? La situation "urgente" justifie tous les raccourcis possible et permet-elle de passer outre toutes les conciliations (ou compromissions) ?
On voit l'ensemble des hauts fonctionnaires se serrer les coudes et se soutenir les uns les autres. Je n'ai aucune opinion sur la compétence de Monsieur Pérol, mais il semble clair que sa nomination n'est pas l'aboutissement d'une démarche transparente et désintéressée (d'ailleurs le simple fait que François Pérol éprouve le besoin de se justifier en disant qu'il n'a pas sollicité ce poste en dit long sur son propre sentiment).
Si cette nomination n'était pas politiquement irréprochable et indiscutable (et indépendemment des compétences de Monsieur Pérol) il ne fallait pas la faire. Les cimetières sont pleins de gens indispensables et la république regorge de gens compétents...
Les fonctionnaires ne peuvent pas se permettre de l'"à peu près", ils doivent être irréprochables, entre l'à peu près et la république bananière il n'y a aucun espace. La France donne aujourd'hui une image de République bananière, la caste des hauts fonctionnaires avec sa consanguinité y est pour beaucoup.

À ce propos, je vous livre une réflexion sur ces hommes et femmes qui nous gouvernent : lors de leur entrée en fonction, il n'ont généralement pas de fortune personnelle importante, leur rémunération si elle est confortable (et c'est normal, ne serait-ce que pour être à l'abri de certaines tentations) n'est pas extraordinaire (disons de l'ordre de grandeur de 100 k€ par an pour faire simple), en tous cas largement inférieure à celles des patrons prédateurs, cependant ils finissent toujours leur carrière avec un patrimoine important, comment expliquer cela ?

samedi 14 février 2009

Lectures parallèles


Je vous devais vous parler de petit cours d'autodéfense intellectuelle de Normand Baillargeon. Chose promise chose due.
Ce livre est à mettre entre toutes les mains, je dirais même, tout honnête citoyen devrait l'avoir lu et le mettre en pratique. C'est le guide nécessaire et indispensable pour décrypter et analyser les informations dont vous êtes bombardés afin de ne pas vous faire rouler dans la farine perpétuellement.
Y sont expliqués et décortiqués les principaux paralogismes, ainsi que les graphiques fallacieux qui vous induisent en erreur avec une représentation non intuitive.

Simultanément je suis aussi en train de lire un éléphant dans un jeu de quilles de Robert Barbault, il y développe une vision écologique de l'évolution qui met notament en avant l'arrogance de l'homme sur cette planète et son mépris d'autrui et du monde qui l'entoure tout en resituant l'homme comme composante (parmi d'autres) de l'environnement. Il y démontre la puissance et la durabilité de la diversité et d'un certain désordre par rapport à l'ordre et à une certaine forme de pensée unique et simplificatrice que certains veulent nous imposer.
La concommitance de ces lectures est intéressante :
  • d'une part une leçon d'humilité et une mise en perspective de l'évolution et un éloge de la complexité
  • de l'autre un avertissement envers toute forme de pensée unique et simplificatrice qui permet d'"attraper" un certain nombre de points de vue partisans en vigueur depuis quelques décennies.

Les OGM qui sont ressortis récemment en sont bien un parfait exemple, au-delà de la dangerosité éventuelle à court terme sur l'homme par ingestion (et qui ne constitue qu'un épiphénomène), le problème sous jacent est la diversité (même si elle a déjà été mise à mal avec les sélections hors OGM) et la dépendance à un fournisseur ce qui n'est pas acceptable ni sur le plan économique ni sur le plan éthique (voir le monde selon Monsanto et la guerre secrète des OGM par exemple).

Je suis d'ailleurs assez curieuse de savoir comment notre gouvernement va se sortir de ce couac de communication...

Bibliographie :
  • petit cours d'autodéfense intelectuelle de Normand Baillargeon édition lux
  • un éléphant dans un jeu de quilles de Robert Barbault édition points sciences
  • le monde selon Monsanto de Marie-Monique Robin éditions La Découverte
  • la guerre secrète des OGM de Hervé Kempf éditions Points Sciences

mercredi 28 janvier 2009

Pourquoi les journalistes cèdent-ils aux modes ?


Je suis tombée par hasard sur cet article indiquant qu'on avait réussi à intégrer un dispositif à effet Peltier dans un processeur (l'effet Peltier est l'inverse des thermocouples, il permet de générer une différence de température et un flux de chaleur, du froid d'un coté et du chaud de l'autre, en appliquant un courant sur un dispositif ad hoc). Cette réussite est fort intéressante comme l'indique l'article car elle permet de refroidir localement le processeur et donc de le refroidir mieux là où c'est nécessaire. Tout ce qui est dit dans l'article est juste et intéressant sauf la remarque incidente sur l'économie d'énergie.
En effet, l'effet Peltier ne permet aucune économie d'énergie, il permet de prendre de la chaleur d'un coté pour la transporter de l'autre comme une pompe à chaleur mais en consommant un peu d'énergie par effet Joule. Donc, dans notre cas, on refroidit localement pour chauffer (un peu plus à cause de l'effet Joule) autre part, à l'extérieur du processeur. Il va donc falloir refroidir un peu plus qu'avant... (toutes choses égales par ailleurs).

Pourquoi donc ce journaliste a ruiné en partie la qualité et l'intérêt de son article par cette remarque incidente et fausse ? Est-ce pour faire "dans le vent" comme les économies d'énergie sont à la mode ?

De la même façon, quand, il y a quelques dizaines d'années, l'allumage des phares des voitures est devenu obligatoire en ville, certains ont prétendu que cela n'avait aucune conséquence énergétique... (on était alors en pleine crise pétrolière), mais cette énergie elle vient bien de quelque part, non ?

Je suis en train de lire petit cours d'autodéfense intellectuelle de Normand Baillargeon, je vous le recommande même avant d'avoir fini.