dimanche 28 septembre 2008

Comment les anciens démons de la société française l'empêchent de progresser


(inspiré en partie par un billet ancien de Michel Volle)

Nous sommes encore traumatisés par l'usage fait de certains fichiers dans les années 40.

De crainte de ne pouvoir maîtriser l'usage fait des informations collectées, nous préférons interdire leur recueil, quel aveu d'impuissance !
Et quelle hypocrisie, en effet, interdire de collecter des informations ethniques pour des statistiques, c'est aussi interdire d'étudier l'intégration des populations immigrées ou minoritaires, ne pas pouvoir s'assurer de la véritable égalité des chances.
Si vous ne pouvez pas faire de statistiques de taux de chomage sur l'origine éthnique comment justifier qu'il n'y a pas de discrimination ?
C'est un peu comme si on avait interdit l'usage des automobiles au motif que les malfaiteurs pouvait s'en servir alors que les policiers (de Clemenceau) n'en avaient pas encore.

C'est comme le politiquement correct : ce n'est pas parce que je dis "un noir" que je suis raciste, je dis un noir comme je,dirais un grand, un blond, un brun etc., c'est une caractéristique objective. Par contre, si je prends en compte le fait que c'est "un noir" pour lui accorder, ou pas, un travail, là c'est de la discrimination (mais je pourrais faire la même chose avec un grand ou un blond...).
Interdire la première attitude au motif qu'on arrive pas à contrôler / interdire la seconde, c'est de l'hypocrisie et un peu lamentable !

Comment objectivement vérifier et justifier une politique égalitaire si vous ne disposez pas de chiffres ? Bien sûr vous aurez des informations "locales" sur des "affaires", dans un sens ou dans l'autre ; des exemples flagrants de discrimination et des exemples de réussite d'individus des poppulations concernées. Vous aurez aussi des statistiques tronquées, par exemple la répartition socio économique des étudiants dans les grandes écoles (mais pas l'origine ethnique c'est interdit) qui vous fera constater que les ouvriers sont sous représentés. Que faut-il en conclure ? Qu'il y a discrimination ? Ou qu'il s'agit de la capacité des individus ? Mais en l'absence de statistiques objectives, le fait même d'émettre cette hypothèse est politiquement incorrecte. Ou est-ce le résultat de l'abêtissement des populations et du "temps de cerveau disponible" ?

Nous sommes donc dans une société qui prone l'égalité républicaine sans se donner les moyen de le controler, qui laisse des marchands de "temps disponible" exercer leur profession et s'étonne après coup... du résultat.

Mais quoi de plus confortable que de proner une politique et de l'appliquer sans contrôle possible ?

dimanche 21 septembre 2008

Copernic


Non je ne vais pas vous parler d'un illustre astronome, il s'agit d'un projet financé grâce à vos deniers.
Lors de la réforme du système d'information du Minefi (celui des impôts pour faire simple) l'état a voulu dépoussiérer ses anciens systèmes et a donc fait appel à des consultants pour élaborer les règles d'un nouveau système d'information structuré et évolutif. Cette évolution a notamment produit la déclaration en ligne qui est un succès indéniable.
Le projet, baptisé Copernic a été long et difficile, a couté cher (on parle de millions d'euros), il a été mené par l'élite de l'état, notamment quelques X (aidés de consultants sous l'enseigne du poisson ou de l'as de pique au moins). Il cherche a appliquer les meilleurs principes d'architecture de systèmes d'information du moment : urbanisation, architecture orientée service etc...
Ne nous leurrons pas, ce n'est que l'application de principes de base tels que "je dis ce que je fais et je fais ce que je dis" (base du contrat) et du principe de Descartes « Diviser chacune des difficultés que j'examinerai en autant de parcelles qu'il se pourrait et qu'il serait requis pour mieux les résoudre. » qui vise à découper un "gros" problème en plus petits structurés. Il n'est pas besoin d'avoir fait Polytechnique pour appliquer ces principes élémentaires. Découper le système en morceaux cohérents, relativement faiblement couplés, en documentant les interfaces ; c'est la base de ce qui a été pompeusement baptisé SOA (pour architecture orienté services en anglais dans le texte) et qui n'est rien d'autre que de la programmation structurée généralisée.

Là où cela devient intéressant, c'est que les outils actuels, généralisés par Internet (http, xml -qui est un dialecte de sgml beacoup plus ancien-, java...) permettent de calquer la programmation sur ces services ; au prix, il est vrai d'un verbiage que seul les processeurs actuels peuvent absorber (vous avez vu un fichier xml qui embarque sa propre description sur chaque enregistrement, il a pris un embonpoint de 3000 % par rapport au même fichier "plat", exemple vécu). mais cela permet de concevoir des systèmes "auto-gérés" au niveau des communications de données, au lieu de convenir entre partenaires d'une structure figée, on décrypte la structure à chaque enregistrement !
Entre les deux la confusion est facile.
On est donc passé d'une notion de service et de "contrat" qui est applicable indépendamment de la technologie mise en oeuvre à une description technique imbriquée avec les outils.

De fait, Copernic mélange les niveaux de concepts et la technologie, dès les premières descriptions on dit que cela sera du Java, du WebService etc... De plus, c'est désespéremment orienté transactionnel (vous avez déjà essayé de faire du xml verbeux sur des traitements de masse ? Copernic l'impose !)

Corollaire de cela, comme technologie et principes de conception sont intimement imbriqués, à la prochaine évolution technologique (elle est déjà là), vous jetez tout ! Et en période de transition c'est inapplicable !

Cette construction de chercheur, intellectuellement satisfaisante, avec un nombre de couches et d'interfaces important, bénéficie de plus d'un jargonage et d'acronymes la rendant quasiment incompréhensible, notamment grâce à une profusion de sigles et d'expressions convenues ; on est fort loin du "ce qui se conçoit bien s'énonce clairement et les mots pour le dire viennent aisément" de Boileau. Ce jargonnage est typique d'une volonté élitiste et protectionniste que l'on retrouve notamment dans les sectes et les sociétés secrètes. Il n'en est pas question ici, mais cela a la conséquence de rallonger la facture (tout nouvel intervenant au Ministère doit se familiariser avec ce langage abscon).

Bref c'est un bel exemple de travail de consultant qui veut préserver l'avenir (voir précédents articles)...

Mais il y a encore mieux, cette construction est devenue un enjeu de pouvoir. Il y a les "gardiens du temple", en l'espèce le bureau d'architecture qui est responsable du respect de Copernic par les projets. Comme la tendance est à l'économie, chaque responsable de projet essaie d'éviter les fourches caudines de ce bureau pour réaliser son projet à moindre coût et (surtout) affirmer son autorité et son indépendance.

"Qui trop embrasse mal étreint" dit le proverbe, à vouloir construire des règles qui régissent tout, on arrive à une construction qui n'est pas applicable, suscite des positions de pouvoir contre productives et sont extrêmement couteuses (tout en étant fort profitables pour les sociétés de service, mais cela était probablement un objectif).
Ne me méprenez pas, tout n'est pas à jeter, mais pourquoi avoir voulu tout faire d'un bloc, plutôt que construire quelque chose de modulaire et d'évolutif ?

mercredi 16 juillet 2008

Commerce et eCommerce : les frais de port des cyber-hyper


Vous avez surement vu les annonces de nos cyber-hyper nationaux, les frais de port sont assez réduits, certes la liste de produits disponibles est un peu plus limitée qu'en magasin (5 à 6 000 références, voire 10 000 alors qu'il y en a plutôt 100 000 en magasin), mais cela semble malgré tout séduisant : quelques dizaines d'euros pour éviter le trajet, la queue aux caisses, la manipulation des marchandises etc...

Détrompez-vous ! Ce qu'on ne vous dit pas (remarquez qu'on en vous dit pas le contraire non plus, on conserve son honnêteté) c'est que les prix ne sont pas les mêmes en ligne et en magasin. Ils sont moins cher me direz-vous (moins de frais de stockage, de locaux, etc.) que nenni, ils sont plus élevés. Chez "petit oiseau" (expression de mes enfants avant qu'ils sachent lire et que j'aime bien), vous reconnaitrez aisément l'enseigne mais je pense que cela n'est pas différent chez les autres, il y a un différentiel de prix de 10 % entre le magasin et le "en ligne". Il est vrai que les magasins ont aussi une certaine latitude sur les prix et que l'on peut supposer que ma base de comparaison est "basse".

Cependant sur un caddie de 300 € cela fait quand même 30 € plus les frais de port, le eCommerce n'est pas compétitif dans ces conditions. Mais, au-delà de la différence, c'est plutôt le non-dit de dissimulation qui est dérangeant.

Qui ose clamer haut et fort cet état de fait ? Je n'ai vu aucune association de consommateurs le dire ! D'ailleurs pourquoi laisser planer ce doute de la part des enseignes ? Pourquoi ne pas clairement affirmer que les prix sont différents (comme entre les magasins, quoique, cela aussi ce n'est pas vraiment dit) et du coup enlever les frais de port (sauf peut-être sur les petits montants) ?

Suis-je en train d'inventer des choses ou êtes-vous de mon avis ?

Avez-vous des expériences similaires ou contraires ?

Merci de vos réactions.

dimanche 13 juillet 2008

Indépendance et objectivité sur Internet


Vous êtes-vous déjà posé la question de l'impartialité des moteurs de recherche ? de la neutralité des sites marchands ?

Bien sûr, sur Google (par exemple), il y a les liens sponsorisés qui apparaissent en tête et correspondent à des mots-clés achetés par des "annonceurs". Qui vous garantit que le reste n'est pas à l'avenant et que le résultat de votre recherche n'est pas, AUSSI, le résultat d'un autre filtre visant à éliminer certains sites (non conformes à l'idéologie ambiante ou pour toute autre raison) ou à en promouvoir d'autres.
Il y a déjà un biais de départ avec les sites qui "aménagent" leurs contenus et leurs mots-clès cachés pour être bien référencés (même si Google ajuste ses propres outils pour contrer cela).
Les autorités chinoises, dans leur préoccupation de la "moralité" font bien ce genre de chose...

Le filtrage collaboratif (ce qui permet à Amazon -entre autre- de vous proposer les articles que les internautes qui ont un comportement de visite ou d'achat similaire au votre ont vus ou achetés) vous permet déjà de bénéficier d'une "boutique" légèrement différente de celle de votre voisin. Cette fonctionnalité, notamment pour les biens culturels, permet parfois de découvrir des oeuvres intéressantes. 
Mais vous êtes-vous demandé dans quelle mesure la page que vous voyez est personnalisée, de combien diffère-t-elle de celle vue par votre voisin ? Qui vous garantit que le reste du contenu n'est pas à l'avenant ? Pour des raisons moins avouables que la découverte d'autres oeuvres ? 

Pourquoi ne pas adapter aussi le prix ? En France, il est interdit de faire un prix "à la tête du client". Comment contrôler ? le site pourra toujours prétendre que les circonstances ont changé entre les deux chargements de pages.

Tous cela relève peut-être de la "théorie du complot", mais quelle garantie avons-nous de l'objectivité ? La position dominante de Google est un obstacle majeur.
Internet est devenu tellement vaste que ce qui n'apparait pas dans les moteurs de recherche peut être considéré comme "terra incognita". Comment y accéder ? Si un site n'est pas pointé par un autre, il est "inexistant". Autrement dit, les moteurs de recherche, et Google, le plus utilisé d'entre eux, ont la main mise totale sur la Toile.

Bien entendu l'entreprise Google indique dans sa communication les mesures qu'elle prend pour assurer une certaine objectivité (par exemple en contournant les "astuces" de ceux qui mettent des mot-clés ou des liens cachés) mais au delà du discours de bon alloi qu'en est-il vraiment ?

En cette veille de fête de la Liberté, je vous souhaite une bonne journée.

lundi 30 juin 2008

L'ingénieur et le marketeur (3)


Marketing, développement durable et inter-opérabilité

Nous sommes toujours plus ou moins dans le domaine des conflits d'intérêt, et notamment du conflit entre les intérêts particuliers et l'intérêt collectif.

Définition du développement durable

Le développement durable, c'est avant tout utiliser au mieux les ressources, ne pas faire de déchets inutiles, se montrer économe, ce que l'on appelait dans le temps, gérer en bon père de famille. Mais nos marketeux préférés ne l'entendent pas comme cela, pour eux le profit est l'objectif le plus important, à tout prix (mais est-ce uniquement les marketeux ou tous les dirigeants ?).

La machine à café, comment mettre du café dans une capsule et le vendre

Prenons comme exemple une célèbre marque de machine à café, alors que depuis des années les machines à expresso utilisent du café moulu dans un filtre métallique réutilisable, nos concepteurs de produits ont inventé une machine spécifique utilisant une capsule réalisée dans un matériaux issu de l'industrie aéronautique (de l'aluminium) afin de sous-disant garantir une meilleure qualité de breuvage. Bien évidemment, la machine est vendue avec une faible marge et le fabricant se rattrape sur les consommables (comme les fabricants d'imprimantes). Pour assurer les revenus et le monopole, deux sortes de barrière sont érigées : une barrière technologique (la capsule est spécifique et la machine n'accepte que celle-ci) et une barrière juridique (la capsule est déposée, brevetée et quiconque essairera d'en fabriquer un modèle compatible sera trainé en justice, sans compter l'utilisateur qui perdra sa garantie sur la machine). Comme les capsules sont assez chères, les clients sont soignés, les boutiques ou la vente par correspondance, mettent en scène une atmosphère de club, un sentiment d'appartenance, d'élitisme. De nombreuse variétés de café sont proposées avec des noms renforçant l'image de "club" (mais vous trouvez les mêmes dans les bonnes bruleries).
Comme en plus un beau gosse fait la publicité, le résultat auprès de la ménagère de 50 ans est garanti. L'image véhiculée permet aussi un certain succès auprès des entreprises, pour lesquelles, il est vrai, l'aspect "propre" du système a certains avantages.

Mais, que pensez-vous du bilan pour la planète de chaque capsule fabriquée par rapport à la même dose de café préparée selon la méthode traditionnelle ?
Il existe actuellement des machines automatiques (vous mettez du café en grain, de l'eau et de l'énergie électrique d'un coté et du café sort de l'autre), elles résolvent le problème de "propreté", certes elles sont un peu chères à l'achat (2 à 3 fois les autres machines à expresso), mais elles sont moins polluantes que les capsules et sur le long terme on doit s'y retrouver financièrement.

Compatibilté, interopérapilité marché captif

Cet exemple illustre tous les mécanismes mis en oeuvre par les gens du marketing pour enfermer les clients et créer un marché captif.
Généralement cela se fait au détriment de la planète et au profit des actionnaires. ces pratiques musèlent la concurrence, limitent l'innovation.
Combien de personnes sont conscientes de l'empreinte énergétique de leurs petites capsules en aluminium ? Quel journal oserait publier un article sur ce sujet, pour l'imprimer en face de la publicité avec la photo du beau gosse (assez bon acteur par ailleurs) ?



dimanche 22 juin 2008

L'ingénieur et le marketeur (2)


Ce n'est pas grâce à sa supérioté technique qu'un produit batit son succès, c'est grâce à une stratégie de marketing, juridique et de communication efficace. Prenons comme exemple Microsoft.

Comment Microsoft a construit son hégémonie
Au début était le PC conçu par IBM (qui avait une compétence de gros systèmes mais laissait malgré tout ses laboratoires faire un certain nombre de recherches "exotiques"); il avait besoin d'un système d'exploitation. Bill Gates en avait un construit à partir de CP/M. Le hasard et quelques événements fortuits firent que celui-ci fut choisi. Il s'ensuivit une manne financière importante pour la toute jeune entreprise (de mémoire, MS-DOS était vendu 800 F pour une machine qui valait de 10 à 30 kF). La "vente liée" n'était pas obligatoire mais il n'y avait pas de véritable alternative, seul SCO proposait un UNIX. En conséquence, à cette époque, toute facture de PC comportait une ligne système d'exploitation avec MS-DOS.

Le gros désavantage de MS-DOS était qu'il était mono tâche (imaginez devoir fermer le navigateur pour consulter les Emails). Quelques éditeurs ont mis au point des outils pour contourner cela dont IBM avec Topview et Microsoft avec Windows. Windows avait l'avantage de proposer une interface graphique (à la MacIntosh ce qui a d'ailleurs valu quelques déboires à Microsoft). Mais ce n'est pas cela qui à fait le succès de Windows. Ce qui a assuré son hégémonie, ce sont les clauses juridiques que Microsoft a imposé aux fabricants de PC. À l'époque où Microsoft et IBM étaient simultanément partenaires et concurrents avec OS/2, Microsoft voulait promouvoir Windows 3.1.

Windows ou comment imposer contractuellement l'hégémonie

Pour ce faire, Microsoft imposa aux fabricants de PC de lui payer une license sur la base du nombre de machines vendues et non sur la base du nombre de systèmes d'exploitation effectivement installés. Bien évidemment, les fabricants n'avaient aucun intérêt à proposer un autre système d'exploitation (OS/2 ou autre), de toutes les façons ils payaient leur obole à Microsoft. Cette pratique a continué avec Windows 95 et est probablement à l'origine des pratiques de vente liée que l'on commence à dénoncer actuellement.
Techniquement OS/2 était plutôt plus abouti que Windows, mais cette pratique alliée à l'hégémonie d'Office (uniquement disponible sous Windows) ont fini par tuer OS/2.


MS-Office, un standard de fait

Une autre méthode est de promouvoir un standard de fait. MS-Office en est un bon exemple. Le produit n'est pas techniquement supérieur à ses concurrents, cependant il bénéficie d'une meilleure intégration avec le système d'exploitation (Microsoft a dû répondre à des actions en justice pour ne pas avoir communiqué à concurrence les mêmes informations que celles dont bénéficiaient ses propres équipes de développement). Ensuite, il est simple de vendre en "bundle" Office avec le système d'exploitation, le client n'a pas de raison particulière de refuser.

Les versions successives ou comment continuer à tondre les brebis

Le pli étant pris, le standard s'installe, en gérant les incompatibilités de versions on force les utilisateurs à acheter les nouvelles versions. Qui n'a pas entendu son client ou son correpondant "comment vous êtes encore en version N-1, je suis en version N, vous ne pourrez pas lire mes fichiers". Je reviendrai sur ces pratiques dans le troisième billet.


J'ai d'autres exemples de réussites, dont certaines sont aussi construites sur un comportement "discutable" . France Telecom et son discours d'opérateur historique : "notre qualité/garantie de service est incomparable" depuis que je suis chez Neuf j'ai eu moins de coupures que chez FT (cela est plus récent, il est vrai), mais par ailleurs toutes les fois où FT avait des problèmes de mails (adresse interne non reconnue comme telle et "relayage" non autorisé), ils ont tjs été incompétents au téléphone (sur un numéro surtaxé) alors que je leur fournissais tous les éléments...

À dire vrai ce qui m'inquiète le plus, c'est que j'ai du mal à trouver dans les réussites récentes d'entreprise, un exemple construit sur une démarche irréprochable. En avez-vous ?

samedi 24 mai 2008

L'ingénieur et le marketeur (1)



Qu'est-ce qu'un ingénieur ?

C'est un créateur qui va concevoir quelque chose en utilisant son savoir-faire scientifique et technique dans un cadre économique limité, économie de moyens, meilleure utilisation des ressources.

et un marketeur ?
Le marketeur, lui cherche à créer un produit et à le promouvoir pour en tirer le plus grand profit. Il peut faire cela de nombreuses façons, en le vendant cher (mais il risque d'en vendre peu) en lui construisant une "image" (cf les produits de luxe), en créant des produits liés et érigeant des barrières à la sortie (tous les produits incompatibles)...

Le premier va essayer d'utiliser les ressources au mieux, d'assurer le maximum d'efficacité et de compatibilité, il va normaliser les vis et les boulons pour ne pas avoir un nombre incalculable de dimensions, établir des normes d'inter-opérabilité aussi bien sur des aspects mécaniques que sur des des aspects logiciels ou informatiques, il va chercher à promouvoir ces normes ou formats au maximum.
Le second, au contraire, va chercher à rendre prisonnier son client en inventant des dispositifs de toute sorte : réglementaires, techniques, contractuels...

Quelques exemples : tous les équipements avec des "consommables", des imprimantes aux machines à café à cartouches/capsules, les dispositifs électroniques ou les logiciels avec des formats "propriétaires", y compris en matière de gestion des droits d'auteur.

Sans les ingenieurs, vous n'auriez pas les formats jpeg ou mp3 (vous auriez autant de formats que d'appreils photos ou de lecteurs de musique), vous n'auriez pas eu le CD audio, trouver une vis serait un cauchemar (c'est déjà parfois assez compliqué)...

Grâce aux marketeurs, vous avez Nespresso pour le café (mais je reviendrai sur cela), Windows, Office et ses formats propriétaires, les clauses liant Apple et Orange pour la commercialisation de l'iPhone, celles qui ont permis à Microsoft d'asseoir son hégémonie (je reviendrai aussi sur ce point), et j'en oublie surement.

Je reviendrai sur les liens avec le développement durable et certains aspects éthiques.

dimanche 4 mai 2008

Le marketing téléphonique, un exemple d'application de recette sans réflexion



Ne vous méprennez pas, j'ai une grande considération pour les télé marketteurs(euses) qui font un boulot sans grand intérêt dans des conditions difficiles et rémunérées avec un lance-pierre (quand ils ne sont pas "off-shorisé(e)s". Par contre il n'en est pas de même pour les concepteurs des campagnes et des argumentaires...

Je me souviens d'avoir entendu dans la voix de mon interlocutrice le désappointement (dans le style un appel qui ne sert à rien, comment ont-ils été ciblés ?) lorsqu'au cours de son questionnaire il s'avérait que je n'étais pas fiscalement éligible à ses produits financiers.

Les marketteux qui élaborent les discours et les scripts doivent avoir un problème avec la vente, ils n'ont jamais quoique ce soit à vendre ou à proposer, ils font une enquête... Je ne comprend pas pourquoi ils appellent s'ils n'ont rien à proposer... Les seuls qui aient le courage de leur démarche sont les marchands de fenêtres.

Voici un extrait partiel et de mémoire d'un de mes échanges :

Télémarketeuse :
Je voudrais vous présenter la société S***, vous la connaissez ?
Moi : Oui un peu
T : Nous faisons une enquête sur la télésurveillance...
M (la coupant) : Si vous avez quelquechose à me proposer, envoyez-moi de la documentation.
T : Je n'ai rien à vous vendre, je fais une enquête,...
M : Je n'en crois pas un mot.
T : ...avez-vous un équipement de télésurveillance ?
M : Je ne vous communiquerais pas cette information, si vous avez une offre à me proposer, envoyez moi de la documentation.
(fin de la conversation)

Pourquoi cette aversion à affirmer qu'ils ont une offre à faire ? En l'espèce j'aurais pu être intéressé.
Et, surtout, pourquoi ce manque de réflexion. Demander à un éventuel prospect des informations sur son éventuel équipement d'alarme ou de télésurveillance par téléphone, c'est vraiment faire preuve de la plus grande légéreté en matière de sécurité !

La "recette" des livres de télémarketing semble avoir été appliquée "à la lettre", je ne sais pas ce que cela a donné, probablement le même faible taux de retour que d'habitude...

samedi 5 avril 2008

Le XXIe siécle sera celui de l'organisation et du désordre


Le XIXe siècle a été celui de la mécanisation, le XXe celui de l'information, le XXIe sera celui où les hommes évoluerons grâce à leur capacité à s'organiser et à grandir par leur capacité à travailler (créer, agir) ensemble.
Cela passe par la capacité collective des organisations a mener les projets de transformation nécessaires.

L'évolution, à l'origine dans le monde purement physique (Darwin) se prolonge naturellement dans la connaissance (noosphère de Teilhard) pour continuer dans la systèmique et l'organisation (Jouxtel).
La sélection naturelle et son mécanisme lié au hasard (et parfois difficilement compréhensible) joue a tous les niveaux.
Nous sommes dans une compétition à plusieurs niveaux :
  • au niveau individuel, chacun, outre son adaptation physique et sa connaissance, doit de plus en plus être "intégré" dans la société, être adapté au système
  • au niveau des groupes d'individus (sociétés, entreprises, nations, communautés...) la lutte est constante et la sélection se fait et se fera sur la capacité à s'organiser pour permettre au groupe d'être plus efficace, plus performant, plus adapté à son environnement et à chaque individu de participer à cette performance pour "justifier" son utilité pour le groupe.

Cette intégration et cette participation n'impliquent pas, bien au contraire, homgénéïté ou uniformité. Les théories de l'évolution nous enseignent que la richesse et la survie sont dans la diversité. Il est donc primordial que les groupes (dans toutes les acceptations du terme) préservent et encouragent cette diversité, il en va de leur survie. Ainsi il est logique que les groupes trop petits ou trop coercitifs aient du mal à survivre, qu'un minimum de désordre ou de désorganisation soit un facteur favorable. A contrario, les grosses entités, si elles sont trop rigides (mais, heureusement pour elles, elles n'en ont généralement pas les moyens) ont des difficultés. Cependant, dans la plupart des cas, ces grosses organisations sont en fait un assemblage d'espaces de semi-liberté ce qui assure la diversité nécessaire (même si les managers ont tendance a vouloir imposer un aspect "normatif" généralement absent des structures de taille plus réduite). En d'autre termes, elles n'ont pas la volonté de mettre en oeuvre un arsenal coercitif et normatif à même d'étouffer la variabilité, c'est ce qui les sauve de la sclérose et de la disparition. Cet espace de liberté est parfois délibéré. En voici un exemple : chez Peugeot la 206 CC a d'abord été un prototype fait par un designer (il avait pour nom "20♥"), cette voiture a été largement vendue et imitée. Peugeot (comme les autres constructeurs automobile, et malgré sa position de "suiveur") offre à ses designers cet espace de liberté nécessaire à l'innovation.




Bibliographie (par ordre anti chronologique)
  • Comment les systèmes pondent : Une introduction à la mémétique de Pascal Jouxtel et Jean-Michel Besnier
  • Le phénomène humain de Pierre Teilhard de Chardin
  • L'évolution des espèces de Charles Darwin

samedi 29 mars 2008

Citoyens, que fait-on de vos impôts


Le carcan des marchés publics

Le code des marchés publics est un carcan qui vise, notamment, à éviter les ententes et les dérives et doit préserver l'égalité des chances des concurrents et, par là même, assurer à la Personne Publique la meilleure prestation au meilleur prix.
Pour des livraisons facilement définies (je veux un camion de 15 tonnes qui consomme au plus tant de litres de gazole au 100 km et dont l'entretien me coûte au plus tant par an et dont la durée de vie est de au moins tant d'années) cela ne pose guère de problèmes. Il y a des fournisseurs de camions, les caractéristiques des camions sont connues, vérifiables, mesurables (éventuellement statistiquement), bref on dispose d'une population (de camions) qui permet de vérifier et/ou de controler les caractéristiques demandées.

Pour les demandes plus complexes c'est une autre affaire. Prenons par exemple, un appel d'offre complexe, une prestation comprenant du matériel et des logiciels.

L'expression de besoin (CCTP cahier des charges techniques particulières) contient inmanquablement son quota d'imprécisions et de contradictions (il est impossible de produire un tel document de 400 pages ou plus en maitrisant complétement les incohérences internes). La procédure d'appel d'offre avec ses carcans et son délai imparti (55 jours) ne permet pas de lever toutes ces incertitudes. Les concurrents sont donc obligés de faire des hypothèses et de combler les zones d'ombres de la demande de la personne publique. Il en résulte nécessairement une part de risque que chacun des concurrents répercute sur le prix demandé à des dégrés divers.
Par ailleurs, le temps imparti ne permet pas non plus de rédiger une réponse cohérente (exempte de contradictions internes), en supposant que les candidats n'aient pas été présents en amont du marché...

Comme la Personne Publique a, souvent, fait un appel d'offre couvrant des progiciels et leur intégration, en tenant compte des imprécisions de la demande et de sa volonté de maitriser à terme le système, elle se retrouve à comparer des offres assez dissemblables. Des progiciels différents répondant au besoin et un peu plus (mais différemment chacun), une intégration différente, des exigences matérielles (dans un autre marché) différentes aussi...
Comme La Personne Publique veut conserver la maîtrise de son système d'information, elle doit adresser tout ces sujets et faire un choix entre des offres qui ont autant de point communs qu'un panier de choux et un de carottes.

Le mirage de la séparation entre la maîtrise d'oeuvre et d'ouvrage

De plus, en France, la Personne publique a l'habitude de séparer les rôles de la maîtrise d'ouvrage et de la maîtrise d'oeuvre, ce sont des appels d'offres différents et incompatibles (celui qui est sélectionné pour l'un ne peut pas concourir pour l'autre). Cette séparation doit permettre à un prestataire de surveiller l'autre. Qu'espère la Personne Publique par cette pratique ? Arbitrer des conflits entre prestataires ? Maîtriser son système ?
De deux choses l'une :
  • soit elle souhaite conserver la maîtrise de son système d'information et elle doit, dans ce cas, garder la maîtrise d'ouvrage quitte à sous traiter la maîtrise d'oeuvre,
  • soit elle souhaite recevoir un service et elle doit demander ce service à un prestataire independemment de toute considération de maîtrise d'ouvrage ou d'oeuvre.
La pratique actuelle est contre productive.
Il est beaucoup plus efficace de demander un engagement global sur un service rendu ou un système apte à rendre ce service. Le découpage des responsabilité relève de pratiques d'ingérence et de mauvaise gouvernance.

D'autres pratiques

Il semble que dans d'autres pays (européens notamment) les appels d'offre soient exprimés comme un service à rendre. Cela implique une responsabilité complète du prestataire. Il est responsable de la conception, de la réalisation et de l'exploitation du système sur une base de la mesure du service rendu. Bien entendu, cela induit une part de risque pour le demandeur, mais cela clarifie les rôles de chacun.

En France, les pouvoirs publics semblent incapables de déléguer, du coup, ils font de l'ingérence et cela a un coût.

J'ai pris comme exemple les pouvoirs publics et leurs appels d'offres mais ces pratiques de mauvaise gouvernance sont assez répandues dans le privé, même si cela est moins flagrant.

samedi 1 mars 2008

Les cordonniers...



...sont les plus mal chaussés. Tout le monde le dit, mais certains le vivent.
Ayant récemment discuté avec un responsable de programme d'une grosse SSII française, j'en ai appris de belles.
Il est reconnu, c'est l'état de l'art, qu'il convient d'exprimer les besoins avant de choisir les outils, de rédiger un minimum de spécifications avant de se lancer dans la réalisation d'un projet, bref de réfléchir avant d'agir.
Lors de cet échange, donc, dont le sujet était de me proposer un poste de responsable d'application, j'ai appris que dans certains cas, le choix de l'outil avait précédé l'expression de besoins et que, comme c'est bizarre, justement on était bien em...bété avec cette application qui ne répondait pas vraiment aux besoins, qui ne communiquait pas vraiment avec les autres mais qu'on était obligé de conserver pour des raisons politiques.
Quant à l'application dont on me proposait de m'occuper, une instance de Siebel en l'espèce, j'ai vraiment eu l'impression d'être grossier, lorsque j'ai réitéré mon souhait (et mon crédo) de faire des specifications fonctionnelles avant de faire des évolutions (si je prenais ce poste de responsable applicatif) "on fait les évolutions et les utilisateurs suivent, par contre, il faut gérer le budget"... j'ai vraiment eu l'impression d'avoir été grossier et lourd...
Il y a quelques années, dans une structure beaucoup plus petite (300 personnes contre 60 000) je trouvais que la gestion des ressources et le contrôle de gestion avec Excel (+Access et quelques macros) c'était vraiment du bricolage... je me dis maintenant que, puisque les "grands" du CAC 40 le font, cela doit marcher aussi...
En fait, cela ne marche pas vraiment, il faut compenser les incertitudes sur les projets (et les frais de structure, et le manque de productivité) par des marges faramineuses. Le tout ne tient sa place sur le marché que par un effet de taille, seules ces grosses SSII peuvent absorber de gros projets avec leurs risques et leur charge de travail. Elles ont donc un marché "captif" qui leur permet de vivre.

Moralité : les consultants devraient avoir tatoué sur leur front "faites ce que je dis, pas ce que je fais"

Bonne nuit

vendredi 29 février 2008

Le changement dans l’entreprise



J'ai trouvé ce texte sur Internet mais il me semble si vrai que je ne peux résister à l'envie de vous le citer. De plus, il me semble indispensable de publier quelque chose le jour de la parution de la Bougie du Sapeur, cela n'arrive pas tous les jours.

Créée par des pionniers qui pesaient risques et opportunités, l’entreprise était à l’origine modeste et aventureuse. Après le succès, les pionniers se sont ennuyés et sont partis ; leur formule a été érigée en recette par des administrateurs qui en ont fait une paisible routine. Puis les financiers sont venus : ils ont transformé l’entreprise en vache à lait. Alors ses dirigeants ne cherchent plus à " changer le monde ", mais à " faire du business " en accumulant au passage une fortune personnelle. Ses cadres savent que pour réussir il faut se conformer aux dogmes maison et surtout ne pas faire de zèle. Les réseaux politiques, syndicaux, corporatistes l’enserrent pour y pomper toute la richesse et le pouvoir possibles. Ils réagissent devant la nouveauté, la réflexion, comme des reptiles d’autant plus dangereux que leur cerveau minuscule abandonne tout le travail à la moelle épinière. Gare au naïf dont l’initiative touche un point du corps du crocodile : il sera fauché par un mouvement réflexe et broyé instantanément.

Une Entreprise et ses Managers doivent être porteurs de sens sinon ils perdent leur âme et leur raison d'être.

Bonne journée

samedi 2 février 2008

Le scandale de la Générale


Que dire ? Beaucoup de choses ont déjà été écrites notamment sur le blog Duo & Co qui est remarquablement documenté.
On est vraiment confronté à un problème de gouvernance :
  • il y a des règles, mais apparemment, elles ne sont pas suivies avec, pour le moins, la bienveillante ignorance du management ("tant que vous gagnez, je ne regarde pas")
  • les systèmes d'information sont sécurisés mais les procédures ne sont pas complétement respectées, les mots de passe pas changés, écrits "en dur" dans des procédures ou des macros, sur des post-it, etc.
  • le contrôle est insuffisant...
J'ai fait un bref passage dans cette grande maison rouge et noire, dans une autre branche, et tout cela ne me surprend pas outre mesure. J'y ai vu que la MOA avait accès à la production (il s'agissait aussi de titres), que les versions du système d'information (fait maison alors qu'il existe des progiciels) étaient mises en production avec une part de dysfonctionnements résiduels important ; j'y ai vu des corrections faites en comptatbilité par la MOA et, surtout, dans un service informatique, une préoccupation budgetaire dépassant la préoccupation de qualité ou d'efficacité, sans compter la façon "convenue" et "correcte" de répondre aux différents audits.

Les banquiers ont assez récemment mis en place divers systèmes dits "de contrôle" (Bâle 2, SOX, etc). Ces réglementations ont pour objectif de mesurer le risque et de mettre en place des procédures de contrôle (les 3 "piliers" de Bâle 2 par exemple : exigence minimale de fonds propres, procédures de contrôle interne et discipline de marché), ils ont mis en place ces systèmes d'information, mais dans bien des cas les procédures n'ont pas suivi ou ne sont pas appliquées. De plus, comme il y a maintenant tout ces indicateurs, il est plus facile de se réfugier derrière et de freiner tous les autres contrôles : "pourquoi chercher plus loin, vous voyez bien que les indicateurs sont conformes".

Le problème de gouvernance est toujours le même : le contrôle a un coût, le coût vient en réduction des profits, il est possible de faire des profits sans respecter les règles, il convient donc de ne pas faire trop de contrôles pour permettre une certaine marge de manoeuvre et économiser un peu.

Malheureusement, parfois cela se passe mal et certains se prennent les pieds dans le tapis en faisant des pertes alors qu'ils sont au-delà de la ligne jaune. Mais cela n'est pas très grave (sauf quand cela atteint des sommes astronomiques !), on trouve toujours quelques lampistes pour jouer les fusibles... À en croire ce qui se dit, un nombre non négligeable de traders seraient "border line", d'ailleurs il y en a régulièrement qui se font virer, mais je n'ai pas vu d'exemple d'un qui se fasse virer après un profit !

Tant que le contrôle n'est pas indépendant, il existe un conflit d'intérêt et des passes droits.

En tout cas, un grand coup de chapeau à l'opportunisme de la SG, annoncer les pertes dues aux subprimes dans le même paquet que celles dues trader (après avoir nié être impliqué dans cet autre désastre), cela fait mieux passer la pilule !

JK restera-t-il dans l'histoire comme l'homme qui a été à l'origine de la disparition de la SG (même si la cause sera à cherger dans les pratiques internes) ?

dimanche 20 janvier 2008

Le conseil et la question de confiance, manifeste pour un Ordre du Conseil


Il est des professions où les clients se doivent de faire confiance à leur prestataire. C'est le cas des médecins, le patient n'ayant pas les compétences, il doit lui faire confiance ou en changer. C'est ausi le cas des avocats, l'homme de loi a l'initiative de la méthode et des arguments pour défendre son client, ce dernier est obligé de s'en remettre à lui. D'ailleurs, dans un cas comme dans l'autre si le client prend trop d'initiatives ou conteste la position ou les choix du professionnel, ce dernier est en droit de rendre son tablier et d'arguer qu'il n'a pas pu faire son travail correctement et dégager sa responsabilité.
Cela est habituellement résumé sous le vocable de question de confiance : si je fait appel à un médecin (ou a un avocat), je lui donne implicitement ma confiance (sinon j'en change) et, dans tous les cas, je n'interfère pas avec ses actions, sinon il lui est possible de dégager sa responsabilité.
Une autre caractéristique de ces professions, c'est que le prestataire scie en quelque sorte la branche sur laquelle il est assis. Dans les deux cas, lorsque le patient est guéri ou le procès gagné, son intervention n'est plus utile. Donc, plus il est efficace et productif, moins il doit consacrer de temps ou de travail au cas. Le professionel est donc confronté à un conflit d'intérêt permanent : soit il se montre le plus efficace possible et son client n'a plus besoin de lui rapidement, soit il en fait "juste assez" et cela peut durer...
Heureusement, pour les médecins il y a des gardes fous : une certaine éthique avec le serment d'Hypocrate, un "ordre" qui a en charge le respect de cette éthique, une autorité "payeuse" sous la forme de organismes d'assurance maladie qui encadrent les aspects économiques.
Pour les avocats, il y a aussi un "ordre" qui est le garant du respect des règles et offre un recours aux clients si nécessaire.

Pour le conseil aux entreprises, point d'ordre ou d'éthique, chaque prestataire vit sur sa renommée, chaque consultant arbore son CV comme carte de visite, aucun engagement éthique, juste un compromis à trouver entre la rentabilité, la satisfaction du client (pour qu'il reste client) et l'image de marque. Mais cette dernière est malgré tout prédominante, entretenue par les relations nouées entre les dirigeants sur les bancs des grandes écoles ou des MBA.
Selon le degré de conscience professionnelle et la pression économique, le poids accordé à la qualité et la mission ou à sa rentabilité pourront être différents. Bien sûr, dans un certain nombre de cas, cela se passera bien, les consultants feront du travail de qualité et il ne chercheront pas à tout prix à en faire plus. Cependant, dans certains cas, notament lorsque la situation économique est difficile ou que la mission a été mal engagée, la tentation est grande de "chercher l'avenant" et quoi de plus facile pour en trouver un qu'un complément à la mission actuelle ?

Tout cela serait bien plus clair s'il existait un ordre pour le conseil comme pour les professions médicales, les avocats, les experts comptables... Cela garantirait une certaine éthique et un moyen de recours pour les clients, cela diminuerait aussi l'influence des noms des grands cabinets et remettrait à égalité les intervenants qu'ils soient indé
pendants ou membre d'une maison avec un "nom".

mardi 8 janvier 2008

Encore des indicateurs de performance


Je suis tombée (pas par hasard, je vous rassure) sur les indicateurs de performance de la Douane. Nos services publics ont l'obligation, dans le cadre de la LOLF, de progresser et de mettre en place des indicateurs, sujet louable s'il en est.
Sur les 15 indicateurs proposés pour la période 2006-2008 il en est certains directement liés aux objectifs, par exemple :
  • le résultats d'une enquête de satisfaction auprès des usagers d'un service d'accueil téléphonique qui doit passer de 65% à 75%
  • Délai moyen d’immobilisation des marchandises dédouanées dans la journée qui doit passer de 11 mn à 10 mn
  • Indice de dématérialisation des procédures de dédouanement (je suppose que c'est le ratio des procédures dématérialisées sur l'ensemble des procédures) qui doit passer de 65% à 75%
  • Indice de contrôle de navires en mer pour 24 heures de mer (Base 100 en 2006) doit passer à 110
On voit bien que le résultat est direct, la mesure objective et directement liée à la politique souhaitée (résultat ou moyen mis en oeuvre). Je ne suis pas assez compétent sur ces sujets pour savoir si les objectifs sont "ambitieux" ou justes "confortables".
Il en est d'autres pas contre qui ne sont pas acceptables :
  • Nombre de constatations d’infractions portant sur les tabacs ou cigarettes (doivent passer de 10500 à 11500)
  • Montant des saisies de contrefaçons (doivent passer de 320 à 340 millions d’euros)
  • Quantités de cannabis saisies (doit passer de 80 à 85 tonnes)
Ils ne correspondent pas à l'objectif des Douanes qui est de faire disparaitre les "trafics".
Que se passe-t-il s'ils n'arrivent pas à saisir suffisament de tonnes de cannabis parce que, grâce à leur action, il y a moins de trafic, ils doivent en acheter pour justifier leur performance ? A contrario, si l'activité des trafiquants se développe et qu'ils en saisissent plus, ils s'arrêtent à objectif atteint ?
Ce n'est pas un bon indicateur car il n'est lié ni aux moyens mis en oeuvre, ni aux résultats souhaités pour la Société. Un bon indicateur pourrait être des mesures "en aval" des infractions constatées (en supposant que l'effort de contrôle aval reste constant) ou des indicateurs de moyens et d'efficacité ou encore des indicateurs plus globaux comme le nombre de personnes hospitalisées pour des problèmes de drogue, le nombre de morts par overdose etc... Je n'ai pas pris le temps de réfléchir mais je pense qu'en se creusant un peu la tête, on peut trouver des indicateurs sans biais directement liés aux objectifs ou au moyens. Si un cabinet de conseil a été consulté il aurait du faire cela (sauf s'il le réserve pour la version 2).
Ces sujets ne sont pas simples, mais de mauvais indicateurs sont pires que pas d'indicateur du tout. Que penseriez-vous d'un service des Douanes qui laisse passer tous les trafiquants à partir du 15 octobre parce qu'il a saisi son quota d'héroïne ?
C'est pourtant ce qui est proposé dans les objectifs chiffrés !

Je fais malgré tout confiance aux fonctionnaires pour continuer à travailler après le quota, mon propos est uniquement de montrer l'absurdité de la mesure et des objectifs.

Bonne année à tous

Tous les chiffres sont issus du document Contrat pluriannuel de performance pour 2006-2008 disponible sur le site de la DGDDI, rubrique les documents de la performance