vendredi 21 août 2009

Que Choisir ou le manque de critère dans les enquêtes et le biais des questions


Mon épouse (oui Valérie Lumière est un pseudo) a été abonnée à Que Choisir, journal d'une association ayant pignon sur rue et faisant grand cas de son indépendance et de sa rigueur.
Joint au premier numéro reçu, un questionnaire destiné (je cite) à recenser vos multiples expériences de consommateurs individuels pour bâtir des analyses statistiques précises de la fiabilité des biens de consommation que nous achetons tous. Le questionnaire comporte un certain nombre de rubriques par produits électroniques ou électro ménager (appareil photo numérique, TV, caméscope, lecteur DVD, téléphone mobile,imprimantes multifonction, lecteur MP3, GPS, ordinateur portable, réfrigéreateur, congélateur, cuisinière, table de cuisson, four micro ondes, lave linge, lave vaisselle, aspirateur traineau, centrale vapeur). Chaque rubrique comporte des questions sur la typologie de l'appareil (marque, gamme de prix et caractéristiques propres), le niveau de satisfaction, les pannes et leur typologie, la dernière panne et le devenir de l'appareil après la panne. Seule l'année d'achat permet de se rendre compte de la durée de jouissance du consommateur. Aucune notion d'intensité d'usage n'est demandée, ce ne doit pas être un critère important dans notre société de consommation. On va donc mettre sur le même pied de comparaison le lave linge d'un(e) célibataire avec 1 cycle par semaine et celui d'une famille nombreuse avec 1 cycle par jour ou plus.
Par ailleurs, il est précisé de ne prendre en compte que le dernier appareil en cas de possession multiple pour un même type et les questions ne portent que sur la dernière panne. Aucune notion de répartition des pannes dans le temps n'est demandée...
Comme on ne prend en compte que le dernier appareil, en cas de remplacement suite à panne, c'est le nouveau qui doit être cité... La réponse repris lors du nouvel achat à la question Qu'avez-vous fait de l'appareil en panne ? ne manque donc pas de saveur et illustre bien la rigueur des concepteurs du questionnaire. De fait, les pannes irréparables hors garantie ayant conduit au rachat d'un autre appareil équivalent seront exclues ; de même, la durée de vie de l'appareil (compte tenu de l'usage qui en est fait) ne sera jamais captée, c'est pourtant la donnée la plus intéressante : si la marque X dure en moyenne 15 ans et Y 5 ans, cela semble un bon critère de choix, non ? et semble un bon critère de fiabilité des biens de consommation que nous achetons tous.

Oui, effectivement j'ai eu un lave linge qui est tombé en panne et que j'ai réparé hors garantie plusieurs fois, puis que j'ai jeté... mais la première panne est intervenue après plus de 10 ans de service plutôt intensif. Comment cela est-il pris en compte dans le questionnaire ? Comment ce cas-là est-il différencié au delà de la durée de possession ? De plus, ce lave-linge ne rentre pas dans les critères puisque j'en ai racheté un autre !

J'ai voulu faire part de mes remarques directement au magazine/association, mais, hors des problématiques administratives sur les abonnements ou des enquêtes bien cadrées, il n'est pas possible de leur écrire par mail (seul une adresse courrier est indiquée), pas de rubrique écrire à la rédaction sur le site (en tous cas pas visible facilement). Il y a bien des forums mais ils sont modérés et les sujets sont imposés ; je n'y ai donc pas risqué ce texte un peu critique, il n'y aurait pas trouvé sa place et aurait été rejeté.
On voit bien le degré de démocratie et de libre expression de cette association...

dimanche 29 mars 2009

Enfin !


Cette semaine deux bonnes nouvelles dans l'actualité, d'une part on s'aperçoit enfin (cf mon précédent post) qu'il faut avoir des informations sur la catégorisation des personnes (origine ethnique par exemple) pour pouvoir piloter et mesurer l'intégration. Peut-être va-t-on enfin savoir réellement ce qu'il en est ?

D'autre part, on commence à monter du doigt les organismes de crédit (notamment crédit à la consommation) et leur contribution à la crise. J'ai rencontré dans mon expérience professionnelle des organismes de crédit (que je n'identifierait pas) pour lesquels les personnes en contentieux étaient malgré tout des prospects, ils continuaient donc à envoyer des offres à des personnes déjà en difficultés. Cet acharnement à vouloir faire payer des personnes déjà endettées (et par ailleurs probablement fragilisées) à quelque chose d'indécent, c'est un exemple parfait des comportements de "prédateurs" déjà cités (voir aussi Michel Volle).

Ces organismes de crédit avec leurs messages marketing alléchants, leurs proximité avec la grande distribution ou les magasins spécialisés et en profitant de la naïveté des gens ont réussit à les rendre complétement dépendants. Il est incompréhensible que certains vivent uniquement à crédit. Cette forme de fuite en avant, entretenue par les messages marketing des prédateurs. Le crédit n'est a priori là que pour subvenir à un besoin ponctuel et limité dans le temps.

On peut facilement transposer ces propos à la vision globale et à la crise actuelle. La plus grande partie de notre modèle économique est basée sur l'hypothèse de la croissance perpétuelle. Dans ce point de vue, le crédit est une très bonne solution : la croissance (et éventuellement l'inflation) fera qu'il sera moins coûteux de rembourser demain que de payer comptant aujourd'hui (même en prenant en compte le taux d'intérêt). À partir de là, il est normal de vivre à crédit. Cependant, l'hypothèse de départ de ce modèle économique est fausse, la croissance infinie n'est pas possible l'espace est limité, les ressources aussi !
Cette fuite en avant, si elle tenait (et encore) lorsqu'il restait des espaces à conquérir et des ressources à exploiter, n'est plus applicable aujourd'hui.

Tous les économistes avec leurs théories simplificatrices et leurs doctrines nous ont bien enfumé !

dimanche 1 mars 2009

La compétence ne justifie pas tout


Pour une fois un billet en rapport avec l'actualité (...et les conflits d'intérêt).

"A chacun de prendre ses responsabilités. Je prends les miennes. La saisine de la commission, facultative, était impossible dans les délais impartis. Les conditions de ma nomination sont régulières. Maintenant qu'on me laisse travailler !", dit François Pérol.
Cité par yahoo dans une dépêche Reuters

Comment, sur un sujet aussi sensible (je rappelle quand même que les épargnants qui on souscrit des actions Natixis lors de l'offre publique ont perdu 90 % de leur investissement) et médiatique, peut-on faire preuve d'une telle arrogance ? La situation "urgente" justifie tous les raccourcis possible et permet-elle de passer outre toutes les conciliations (ou compromissions) ?
On voit l'ensemble des hauts fonctionnaires se serrer les coudes et se soutenir les uns les autres. Je n'ai aucune opinion sur la compétence de Monsieur Pérol, mais il semble clair que sa nomination n'est pas l'aboutissement d'une démarche transparente et désintéressée (d'ailleurs le simple fait que François Pérol éprouve le besoin de se justifier en disant qu'il n'a pas sollicité ce poste en dit long sur son propre sentiment).
Si cette nomination n'était pas politiquement irréprochable et indiscutable (et indépendemment des compétences de Monsieur Pérol) il ne fallait pas la faire. Les cimetières sont pleins de gens indispensables et la république regorge de gens compétents...
Les fonctionnaires ne peuvent pas se permettre de l'"à peu près", ils doivent être irréprochables, entre l'à peu près et la république bananière il n'y a aucun espace. La France donne aujourd'hui une image de République bananière, la caste des hauts fonctionnaires avec sa consanguinité y est pour beaucoup.

À ce propos, je vous livre une réflexion sur ces hommes et femmes qui nous gouvernent : lors de leur entrée en fonction, il n'ont généralement pas de fortune personnelle importante, leur rémunération si elle est confortable (et c'est normal, ne serait-ce que pour être à l'abri de certaines tentations) n'est pas extraordinaire (disons de l'ordre de grandeur de 100 k€ par an pour faire simple), en tous cas largement inférieure à celles des patrons prédateurs, cependant ils finissent toujours leur carrière avec un patrimoine important, comment expliquer cela ?

samedi 14 février 2009

Lectures parallèles


Je vous devais vous parler de petit cours d'autodéfense intellectuelle de Normand Baillargeon. Chose promise chose due.
Ce livre est à mettre entre toutes les mains, je dirais même, tout honnête citoyen devrait l'avoir lu et le mettre en pratique. C'est le guide nécessaire et indispensable pour décrypter et analyser les informations dont vous êtes bombardés afin de ne pas vous faire rouler dans la farine perpétuellement.
Y sont expliqués et décortiqués les principaux paralogismes, ainsi que les graphiques fallacieux qui vous induisent en erreur avec une représentation non intuitive.

Simultanément je suis aussi en train de lire un éléphant dans un jeu de quilles de Robert Barbault, il y développe une vision écologique de l'évolution qui met notament en avant l'arrogance de l'homme sur cette planète et son mépris d'autrui et du monde qui l'entoure tout en resituant l'homme comme composante (parmi d'autres) de l'environnement. Il y démontre la puissance et la durabilité de la diversité et d'un certain désordre par rapport à l'ordre et à une certaine forme de pensée unique et simplificatrice que certains veulent nous imposer.
La concommitance de ces lectures est intéressante :
  • d'une part une leçon d'humilité et une mise en perspective de l'évolution et un éloge de la complexité
  • de l'autre un avertissement envers toute forme de pensée unique et simplificatrice qui permet d'"attraper" un certain nombre de points de vue partisans en vigueur depuis quelques décennies.

Les OGM qui sont ressortis récemment en sont bien un parfait exemple, au-delà de la dangerosité éventuelle à court terme sur l'homme par ingestion (et qui ne constitue qu'un épiphénomène), le problème sous jacent est la diversité (même si elle a déjà été mise à mal avec les sélections hors OGM) et la dépendance à un fournisseur ce qui n'est pas acceptable ni sur le plan économique ni sur le plan éthique (voir le monde selon Monsanto et la guerre secrète des OGM par exemple).

Je suis d'ailleurs assez curieuse de savoir comment notre gouvernement va se sortir de ce couac de communication...

Bibliographie :
  • petit cours d'autodéfense intelectuelle de Normand Baillargeon édition lux
  • un éléphant dans un jeu de quilles de Robert Barbault édition points sciences
  • le monde selon Monsanto de Marie-Monique Robin éditions La Découverte
  • la guerre secrète des OGM de Hervé Kempf éditions Points Sciences

mercredi 28 janvier 2009

Pourquoi les journalistes cèdent-ils aux modes ?


Je suis tombée par hasard sur cet article indiquant qu'on avait réussi à intégrer un dispositif à effet Peltier dans un processeur (l'effet Peltier est l'inverse des thermocouples, il permet de générer une différence de température et un flux de chaleur, du froid d'un coté et du chaud de l'autre, en appliquant un courant sur un dispositif ad hoc). Cette réussite est fort intéressante comme l'indique l'article car elle permet de refroidir localement le processeur et donc de le refroidir mieux là où c'est nécessaire. Tout ce qui est dit dans l'article est juste et intéressant sauf la remarque incidente sur l'économie d'énergie.
En effet, l'effet Peltier ne permet aucune économie d'énergie, il permet de prendre de la chaleur d'un coté pour la transporter de l'autre comme une pompe à chaleur mais en consommant un peu d'énergie par effet Joule. Donc, dans notre cas, on refroidit localement pour chauffer (un peu plus à cause de l'effet Joule) autre part, à l'extérieur du processeur. Il va donc falloir refroidir un peu plus qu'avant... (toutes choses égales par ailleurs).

Pourquoi donc ce journaliste a ruiné en partie la qualité et l'intérêt de son article par cette remarque incidente et fausse ? Est-ce pour faire "dans le vent" comme les économies d'énergie sont à la mode ?

De la même façon, quand, il y a quelques dizaines d'années, l'allumage des phares des voitures est devenu obligatoire en ville, certains ont prétendu que cela n'avait aucune conséquence énergétique... (on était alors en pleine crise pétrolière), mais cette énergie elle vient bien de quelque part, non ?

Je suis en train de lire petit cours d'autodéfense intellectuelle de Normand Baillargeon, je vous le recommande même avant d'avoir fini.

dimanche 25 janvier 2009

Urbanisme et architecture, dans la ville et les systèmes d'information


En matière de systèmes d'informations, l'urbanisme a pour objectif de mettre de l'ordre de rendre les communications faciles, d'optimiser le fonctionnement, comme dans les villes. Le principe est toujours un peu le même, cher à Descartes, découper en éléments plus petits et faiblement couplés (voir l'article sur Copernic). On obtient ainsi des "briques" plus ou moins standardisées et réutilisables avec des fonctions bien définies.
Dans ses versions extrèmes, SOA peut aboutir à un découpage super modulaire de composants. Un collègue a une image pour cela : c'est comme si vous vouliez construire une ville avec les Algecos, on peut les empiler à l'infini... Et un jour quelqu'un arrive et demande un gymnase... Qu'à cela ne tienne, il suffit d'empiler beaucoup d'Algecos et de détruire les cloisons intérieures (à la tronçonneuse par exemple ;-), comme la photo).
Cette approche n'est déjà pas à 100% adaptée, si vous n'avez pas les bonnes briques (comme celles du décisionnel, ou celles correspondant à d'autres techniques que java pour Copernic par exemple) cela devient vite très difficile. En plus, si vous avez un existant la transition est délicate à gérer. Ici on peut reprendre l'analogie avec la ville, les ensembles homogènes comme Brasilia ou La Défense (parfaite illustration des idées de Le Corbusier sur les circulations avec la dalle piétonne et les véhicules en dessous) ont une cohérence propre mais au frontière, le lien avec le tissus urbain existant n'est pas terrible (à La Défense, Brasilia est dans le désert ;-), vous avez essayé de mettre des Algecos à Versailles, cela ne convient pas !

Pour l'informatique c'est pareil, il y a encore de nombreuses entreprises avec des systèmes "IBM" (370 ou 36), vous avez déjà regardé les écrans à la FNAC ou dans d'autres enseignes, c'est vieux mais ça marche, pourquoi le casser au nom d'une prétendue "modernité" ?

Les urbanistes "urbains" de la première moitié du siècle dernier avait une vision "idéaliste" et plutôt "cible" assez incompatible avec une transition en douceur, nos urbanistes informatiques actuels (du moins ceux de SOA et de Copernic) en sont encore à ce stade, il va falloir attendre quelques années avant qu'ils s'incrivent dans une dynamique compatible avec la réalité, malheureusement pour eux, l'informatique évolue plus vite que les villes... Arriveront-ils à rattraper ou à survivre ?

jeudi 22 janvier 2009

Manageur porteur de sens


Le manageur doit motiver ses troupes, c'est une évidence vous dites-vous. Cependant il y a de multiples manières de le faire, la première est de simplement "redescendre" ses propres préoccupations envers ses collaborateurs. Ainsi, dans le cas d'une société de service certains reportent directement sur leurs salariés leurs propres préoccupations de "staffing", les salariés deviennent ainsi responsables de leur taux d'occupation, de leur prix de vente, bref,l'entreprise ne leur sert à rien, ils seraient à leur compte ou dans une entreprise d'intérim, cela serait pareil.
De fait, leur manager ne sert pas non plus à grand chose : il se contente de distribuer les consignes qu'il reçoit de ses propres supérieurs. Ses préoccupations de profit et de rentabilité sont légitimes mais ils doit les assumer et motiver ses troupes par des objectifs adaptés.
Il doit transformer ses objectifs afin de "donner du sens" à son action et celle de ses collaborateurs, il doit transmettre une ambition et une "envie" qui ne peut être uniquement financière. Cela peut être une reconnaissance de l'entreprise dans son domaine de compétence, la réalisation de projets remarquables, une volonté de rôle social... Sans cela il ne joue pas son rôle de manager.

Le rôle du management est de transformer la contrainte de profitabilité en sens, d'assumer sa part.

Le bon manager est celui qui transforme un objectif de vente basique en objectif d'accueil et de service (c'est ce qui se fait couramment dans la grande distribution).


Le manager qui fait redescendre (dans son discours) les problématiques de profitabilité de son unité (qui sont légitimes) à ses collaborateurs ne mérite que ce qu'il a : des collaborateurs moyens et peu motivés.