
Apple est un succès indéniable, les produits sont "léchés", finis, beaux, tout simplement... et chers... mais les consommateurs/utilisateurs sont enfermés (avec leur consentement).
Comment en est-on arrivé là ?
Même le succès de Microsoft, qui est critiquable, est moins insupportable, les critiques/procès anti-trust et la pression du marché ont, dans une certaine mesure, si ce n'est tempéré l'hégémonie de Bill Gates, du moins introduit une part d'"ouverture". Ce n'est pas (encore ?) le cas pour Apple.
En premier lieu, Apple a su rester relativement minoritaire en terme de part de marché sur le domaine des ordinateurs de bureau ce qui lui a permis de passer "sous les radars" des autorités anti-trust, même si leurs pratiques sont de type "monopolistiques" : verrouillage technologique, barrières juridiques... Il est par exemple interdit de faire tourner un OS Apple sur du matériel non Apple. La pression du marché a cependant, ces dernières années, tempéré cela avec un embryon de compatibilité Windows (le standard de fait même s'il est aussi empreint de certaines pratiques discutables).
Par contre, Apple s'est engouffré dans le créneau des PDA/smartphone laissé en friche à cause d'un marché morcelé (et négligé par Microsoft) et en partie aux mains des opérateurs. Apple a réussi à séduire le grand public alors que ces appareils sophistiqués étaient à l'origine destinés au créneau "entreprise" (voir le succès de RIM qui a cependant réussi à capter une part de marché grand public).
La "beauté" des produits & Le verrouillage du système
Cette prise de part de marché a eu pour moteur des produits de très bonne qualité, épaulés part une image "cool" de la marque, un marketing irréprochable et une relation privilégiée avec les opérateurs (pour l'iPhone). Aujourd'hui, le marché des smartphones est dominé par l'iPhone même si certains fournisseurs tentent de s'engouffrer dans la mode et si Microsoft dépoussière son OS, mais pour en faire une version plus fermée et en rupture de compatibilité avec la précédente. Le système iPhone enferme complétement l'utilisateur, les développeurs sont encadrés (obligation d'utiliser et d'acheter les outils "maison"), le contenu est contrôlé (cf les contenus à caractère "pornographique" récemment supprimés, on commence la censure sous le couvert de justifications morales mais personne ne sait ou on s'arrète...), il n'est pas possible d'obtenir des applications en dehors de l'AppStore... L'AppStore constitue une zone hors du droit en matière de contenu, un monopole de fait et permet à Apple de maîtriser complétement ses utilisateurs. Apple l'a tellement bien compris que c'en est devenu un média à part entière permettant la diffusion de publicités (iAd) et de tirer ainsi des revenus aussi bien de ses utilisateurs que de ses annonceurs...
Le seul moyen d'échapper à ce système un tantinet carcéral : le "jailbreak" (le choix du terme anglo-saxon est à lui seul un symbole) mais cela n'est pas sans inconvénient, perte de la garantie... Apple veille... et cela est réservé à un public de "geek", donc assez limité.
La tablette
Le concept de tablette n'est pas nouveau, dans les années 1995 on avait vu apparaitre des machines (NCR 3125, Grid...) ainsi que des OS (PenPoint, immédiatement contré par Windows for Pen computing) qui utilisaient ce concept mais avec un stylet ; ce qui a changé et permet le succès actuel, c'est l'omniprésence d'Internet et l'accès aux contenus qui transforme l'ordinateur d'outil de saisie ou de travail en lucarne sur le monde, permet la disparition du stylet (la reconnaissance de l'écriture n'a jamais vraiment été convaincante) et la puissance de calcul ouvrant la voie à une interface ludique et conviviale. Apple a progressivement testé et amélioré le concept (iPod, iPhone et maintenant iPad) pour étendre son hégémonie.
Pourquoi ce succès
Les raisons du succès sont multiples, un design et une simplicité d'usage indéniable, un marketing sans faille, un patron charismatique (mais qui semble par ailleurs insupportable, voir le livre de Robert Stutton cité en référence)... Mais ce qui est remarquable c'est la simplicité apportée à l'utilisation et c'est en partie le "verrouillage" du système qui garantit la stabilité et donc la simplicité...
Les dangers de l'hégémonie
Quel sont les dangers de l'hégémonie et des systèmes uniques ? Ils sont de plusieurs ordres :
- tout d'abord, l'aspect "opaque", le manque de transparence, ne permet pas de savoir ce qui se passe, c'est la porte ouverte aux manipulations, aux atteintes à la vie privée et à la censure... Un des principale caractéristique des produits "libres" réside dans leur transparence.
- la vulnérabilité, la diversité est un des meilleurs moyens de résister aux attaques et aux agressions (virus...) c'est d'ailleurs ce que le monde du vivant a trouvé de mieux
- l'évolutivité et la réactivité, réside aussi dans la diversité, là aussi le vivant est un bon exemple
- enfin le monopole, dument protégé par des brevets aux fondements parfois intellectuellement discutables, permet la confiscation de tout un pan d'économie au profit d'un seul acteur
En matière d'informatique, Apple n'est pas le premier à tomber dans ces travers, IBM, Microsoft en leurs temps l'on fait, Google est aussi à surveiller...
Mais le vent est peut-être en train de tourner pour Apple (voir ici)...
La seule parade durable semble être les logiciels libres, la séparation des acteurs (matériel, réseau, contenu...) et la vigilance.
Livres cités
Terminal Compromise: computer terrorism: when privacy and freedom are the victim, Winn Schwartau, 1993 disponible sur Internet
Robert Sutton, Objectif Zéro-sale-con (asshole en VO), Vuibert 2007
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